Du temps et des choix...
J'aime les histoires avec des bidouilles temporelles dedans. Du genre Retour vers le futur, Vortex (bonne BD, en tout cas le 1er cycle) avec tous les problèmes de paradoxe, d'influence sur l'avenir, etc... Ce sont justement ces paradoxes qui m'intéressent, qui titillent mon esprit. En bon scientifique, la causalité, principe fondamental de la physique, est au centre de mes raisonnements, et les voyages temporels proposent une réflexion théorique (oui, à ma connaissance personne n'a jamais testé en vrai) intéressante sur ce principe.
Prenons un exemple simple et assez connu. Tu peux remonter dans le temps, et tu te retrouves en Allemagne, dans une petite auberge, où un artiste raté noie son aigreur dans la bière. Tu reconnais en lui l'ignoble petit moustachu à mêche qui fondera le parti nazi. Que faire ? L'encourager dans sa carrière artistique pour le détourner de la politique ? Le tuer ? Ne rien faire ? Une fois le postulat du voyage temporel admis, je crois qu'on ne peut pas influer dans le passé sur l'avenir (notre présent) duquel on vient. Sinon le paradoxe temporel à la Retour vers le futur, où le héros sans le savoir remet en cause sa propre existence, est probablement quasi-inévitable. En effet, comment connaître la portée de la moindre modification des années plus tard ? On rejoint là le concept de chaos déterministe : la causalité n'est jamais remise en question, mais la situation est trop complexe, trop multi-factorielle, pour être prédite avec acuité.
Reprenons l'exemple de Retour vers le futur : Marty part dans le passé pour sauver son ami Doc qu'il a vu (ou cru voir) mourir. Ce faisant, il manque d'empêcher la rencontre de ses parents. Admettons à ce point qu'il l'empêche en effet. A partir de là, ses parents ne se mariant pas, il n'existe plus. Donc, par causalité, il ne peut plus retourner dans le passé pour tenter de sauver Doc, puisqu'il n'existe même plus. Donc, il ne peut pas empêcher la rencontre de ses parents. Donc il est en fait conçu, et peut retourner dans le passé pour tenter de sauver Doc. Voilà le paradoxe. En modifiant le passé, il raie son propre présent, et en toute logique rend impossible la modification qu'il a faite du passé.
Les scénaristes, plutôt malins, parlaient de ces paradoxes que Doc redoutait plus que la peste, comprenant leur impact potentiel. Dans le 2e film de la trilogie, Marty se retrouvait dans un présent modifié, conséquence de son inconséquence (héhé) dans le passé. Il a bien été conçu par ses parents, mais la suite a été radicalement différente de celle qu'il connaît. Doc lui explique alors qu'il a probablement créé une sorte de branche divergente du temps, et qu'il lui faut retrouver le point d'origine de cette divergence pour rétablir la ligne de temps normal.
Ces films, intelligents en plus d'être drôles, m'avaient pas mal fait carburer du ciboulot dans mes jeunes années, vu les possibilités qu'ils offraient. Après réflexion, j'en étais arrivé à la conclusion que selon moi, la meilleure façon de gérer paradoxes et lignes temporelles divergentes était de se dire qu'il n'y a pas qu'une seule ligne de temps, mais une multitude, le héros passant en fait de l'une à l'autre. Ainsi plus de paradoxe réel sur une seule ligne de temps, mais plutôt un paradoxe apparent causé par le glissement d'une ligne à l'autre.
Quelques années plus tard, en repensant à ces histoires temporelles mais aussi à la causalité engendrée par les choix que nous faisons, j'ai un peu étendu mes conceptions. C'est peut-être en voyant la trilogie Matrix, qui sous un verbiage pompeux posait quelques questions et affichait quelques idées intéressantes, que j'ai réellement recommencé à y penser. Dans ces films, on parle beaucoup de choix et de conséquences, certains affirmant qu'ils sont libres de leurs choix, d'autres qu'ils n'y peuvent rien à part essayer de les comprendre. J'en avais déjà parlé ici en me demandant si le libre-arbitre existait réellement, ou si tout n'était que causalité, les facteurs nous échappant (toujours ce chaos déterministe, tout est en théorie prédictible via la causalité, mais la complexité est trop grande). Pour faire simple : nos choix sont-ils les nôtres, ou seulement le fruit de réactions dans notre cerveau, elles-mêmes conséquence d'autres réactions, etc ? Le héros finissait par se rendre compte que quelques soient ses choix, ceux-ci menaient à la même fin et que l'histoire tournait en boucle (d'où le Matrix Revolutions, dans le sens tourner en rond). J'ai cherché à intégrer les notions que j'avais tirées de Matrix et autres à celle que j'avais conçues en voyant les Retour vers le futur, puisqu'à chaque fois la causalité y était centrale. Beaucoup d'autres choses sont venues apporter des pierres à l'édifice avant que j'arrive à concrétiser mes idées (des lectures, la superposition d'états quantique, etc...).
Comme je crois fermement au libre-arbitre, j'ai envisagé la théorie suivante (attention, je ne prétends pas révolutionner quoique ce soit, d'autres ont eu ces idées avant moi, mais je les ai développées de mon côté bien qu'elles existaient déjà ailleurs) : en fait, nous ne faisons jamais réellement de choix, toutes les pistes sont explorées. Je m'explique : à chaque fois que nous avons plusieurs options, même insignifiantes, une ligne de temps est créée pour chacune de ces options, dans laquelle la causalité propre de chaque choix se déroule. Concrètement : si j'hésite entre deux films à la télé, en fait deux lignes vont se créer, dans lesquelles je regarderais un film différent. Ces lignes qui ont divergé à un point peuvent reconverger ensuite, selon la chaîne de conséquences entraînées par le choix. Par exemple : je marche dans la rue et quelqu'un arrive en face. Dans une ligne de temps je vais le contourner par la gauche, dans une autre par la droite, puis les deux lignes vont converger en une seule puisque mon choix n'aura pas plus de conséquences. Cette logique peut sembler un peu déprimante, car elle gomme en apparence le libre-arbitre, et rejoint quelque part le concept de destin. Le destin dit que tout est écrit d'avance sur une ligne de temps unique ; mon idée dit que toutes les possibilités sont écrites sur des lignes multiples ; mais au final les choses seraient écrites, toujours à cause du chaos déterministe.
Pourtant il y a une autre façon de voir, si on ajoute un seul concept dessus. Si dans chacune de ces lignes ce sont bien des individualités propres qui agissent, on peut sauver le libre-arbitre. En fait, nos choix sont guidés par des probabilités que nous établissons en fonction de notre personnalité et d'autres critères. Par exemple, il y a plus de chances que j'aille voir un film de kung-fu qu'un film d'horreur. Mais je peux choisir d'aller à l'encontre des probabilités et regarder un bon slasher qui tâche. Une autre ligne sera tout de même créée où un autre moi ira voir l'autre film, mais j'aurai quand même fait mon choix moi-même. Si je considère que chacune des versions de moi existant dans chaque ligne de temps a une individualité propre, le libre-arbitre persiste. Car chaque version serait moi sans être moi, puisque chacun de mes choix en entraînant d'autres, ma personnalité n'aura pas forcément connu la même évolution, ainsi que ma vie. En fait, chacune de mes versions, avec sa conscience propre, choisirait les lignes de temps sur lesquelles elle évolue, même si au final toutes les possibilités seraient couvertes. Si on imaginait ces lignes de temps comme une sorte de labyrinthe, un enchevêtrement d'embranchements, il y aurait d'innombrables versions de moi-même qui en parcourerait toutes les combinaisons de chemin possible, en passant par toutes les entrées, tous les croisements et toutes les sorties. A chaque version son chemin, selon ses choix, mais au final il y aurait suffisament de versions pour que toutes les possibilités soient couvertes.
Maintenant que tu as des mots de tête et que tu te demandes à quoi je me shoote, je te laisse à tes réflexions en te félicitant d'être arrivé au bout de cette note un peu prise de tronche. Je ferai plus léger pour le suivant, promis !
Prenons un exemple simple et assez connu. Tu peux remonter dans le temps, et tu te retrouves en Allemagne, dans une petite auberge, où un artiste raté noie son aigreur dans la bière. Tu reconnais en lui l'ignoble petit moustachu à mêche qui fondera le parti nazi. Que faire ? L'encourager dans sa carrière artistique pour le détourner de la politique ? Le tuer ? Ne rien faire ? Une fois le postulat du voyage temporel admis, je crois qu'on ne peut pas influer dans le passé sur l'avenir (notre présent) duquel on vient. Sinon le paradoxe temporel à la Retour vers le futur, où le héros sans le savoir remet en cause sa propre existence, est probablement quasi-inévitable. En effet, comment connaître la portée de la moindre modification des années plus tard ? On rejoint là le concept de chaos déterministe : la causalité n'est jamais remise en question, mais la situation est trop complexe, trop multi-factorielle, pour être prédite avec acuité.
Reprenons l'exemple de Retour vers le futur : Marty part dans le passé pour sauver son ami Doc qu'il a vu (ou cru voir) mourir. Ce faisant, il manque d'empêcher la rencontre de ses parents. Admettons à ce point qu'il l'empêche en effet. A partir de là, ses parents ne se mariant pas, il n'existe plus. Donc, par causalité, il ne peut plus retourner dans le passé pour tenter de sauver Doc, puisqu'il n'existe même plus. Donc, il ne peut pas empêcher la rencontre de ses parents. Donc il est en fait conçu, et peut retourner dans le passé pour tenter de sauver Doc. Voilà le paradoxe. En modifiant le passé, il raie son propre présent, et en toute logique rend impossible la modification qu'il a faite du passé.
Les scénaristes, plutôt malins, parlaient de ces paradoxes que Doc redoutait plus que la peste, comprenant leur impact potentiel. Dans le 2e film de la trilogie, Marty se retrouvait dans un présent modifié, conséquence de son inconséquence (héhé) dans le passé. Il a bien été conçu par ses parents, mais la suite a été radicalement différente de celle qu'il connaît. Doc lui explique alors qu'il a probablement créé une sorte de branche divergente du temps, et qu'il lui faut retrouver le point d'origine de cette divergence pour rétablir la ligne de temps normal.
Ces films, intelligents en plus d'être drôles, m'avaient pas mal fait carburer du ciboulot dans mes jeunes années, vu les possibilités qu'ils offraient. Après réflexion, j'en étais arrivé à la conclusion que selon moi, la meilleure façon de gérer paradoxes et lignes temporelles divergentes était de se dire qu'il n'y a pas qu'une seule ligne de temps, mais une multitude, le héros passant en fait de l'une à l'autre. Ainsi plus de paradoxe réel sur une seule ligne de temps, mais plutôt un paradoxe apparent causé par le glissement d'une ligne à l'autre.
Quelques années plus tard, en repensant à ces histoires temporelles mais aussi à la causalité engendrée par les choix que nous faisons, j'ai un peu étendu mes conceptions. C'est peut-être en voyant la trilogie Matrix, qui sous un verbiage pompeux posait quelques questions et affichait quelques idées intéressantes, que j'ai réellement recommencé à y penser. Dans ces films, on parle beaucoup de choix et de conséquences, certains affirmant qu'ils sont libres de leurs choix, d'autres qu'ils n'y peuvent rien à part essayer de les comprendre. J'en avais déjà parlé ici en me demandant si le libre-arbitre existait réellement, ou si tout n'était que causalité, les facteurs nous échappant (toujours ce chaos déterministe, tout est en théorie prédictible via la causalité, mais la complexité est trop grande). Pour faire simple : nos choix sont-ils les nôtres, ou seulement le fruit de réactions dans notre cerveau, elles-mêmes conséquence d'autres réactions, etc ? Le héros finissait par se rendre compte que quelques soient ses choix, ceux-ci menaient à la même fin et que l'histoire tournait en boucle (d'où le Matrix Revolutions, dans le sens tourner en rond). J'ai cherché à intégrer les notions que j'avais tirées de Matrix et autres à celle que j'avais conçues en voyant les Retour vers le futur, puisqu'à chaque fois la causalité y était centrale. Beaucoup d'autres choses sont venues apporter des pierres à l'édifice avant que j'arrive à concrétiser mes idées (des lectures, la superposition d'états quantique, etc...).
Comme je crois fermement au libre-arbitre, j'ai envisagé la théorie suivante (attention, je ne prétends pas révolutionner quoique ce soit, d'autres ont eu ces idées avant moi, mais je les ai développées de mon côté bien qu'elles existaient déjà ailleurs) : en fait, nous ne faisons jamais réellement de choix, toutes les pistes sont explorées. Je m'explique : à chaque fois que nous avons plusieurs options, même insignifiantes, une ligne de temps est créée pour chacune de ces options, dans laquelle la causalité propre de chaque choix se déroule. Concrètement : si j'hésite entre deux films à la télé, en fait deux lignes vont se créer, dans lesquelles je regarderais un film différent. Ces lignes qui ont divergé à un point peuvent reconverger ensuite, selon la chaîne de conséquences entraînées par le choix. Par exemple : je marche dans la rue et quelqu'un arrive en face. Dans une ligne de temps je vais le contourner par la gauche, dans une autre par la droite, puis les deux lignes vont converger en une seule puisque mon choix n'aura pas plus de conséquences. Cette logique peut sembler un peu déprimante, car elle gomme en apparence le libre-arbitre, et rejoint quelque part le concept de destin. Le destin dit que tout est écrit d'avance sur une ligne de temps unique ; mon idée dit que toutes les possibilités sont écrites sur des lignes multiples ; mais au final les choses seraient écrites, toujours à cause du chaos déterministe.
Pourtant il y a une autre façon de voir, si on ajoute un seul concept dessus. Si dans chacune de ces lignes ce sont bien des individualités propres qui agissent, on peut sauver le libre-arbitre. En fait, nos choix sont guidés par des probabilités que nous établissons en fonction de notre personnalité et d'autres critères. Par exemple, il y a plus de chances que j'aille voir un film de kung-fu qu'un film d'horreur. Mais je peux choisir d'aller à l'encontre des probabilités et regarder un bon slasher qui tâche. Une autre ligne sera tout de même créée où un autre moi ira voir l'autre film, mais j'aurai quand même fait mon choix moi-même. Si je considère que chacune des versions de moi existant dans chaque ligne de temps a une individualité propre, le libre-arbitre persiste. Car chaque version serait moi sans être moi, puisque chacun de mes choix en entraînant d'autres, ma personnalité n'aura pas forcément connu la même évolution, ainsi que ma vie. En fait, chacune de mes versions, avec sa conscience propre, choisirait les lignes de temps sur lesquelles elle évolue, même si au final toutes les possibilités seraient couvertes. Si on imaginait ces lignes de temps comme une sorte de labyrinthe, un enchevêtrement d'embranchements, il y aurait d'innombrables versions de moi-même qui en parcourerait toutes les combinaisons de chemin possible, en passant par toutes les entrées, tous les croisements et toutes les sorties. A chaque version son chemin, selon ses choix, mais au final il y aurait suffisament de versions pour que toutes les possibilités soient couvertes.
Maintenant que tu as des mots de tête et que tu te demandes à quoi je me shoote, je te laisse à tes réflexions en te félicitant d'être arrivé au bout de cette note un peu prise de tronche. Je ferai plus léger pour le suivant, promis !
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