Chirac le jeune
Ce soir était diffusé la première partie du documentaire de Patrick Rotman sur Jacques Chirac, de l'ascencion du jeune Chirac jusqu'à la chute de Giscard (deuxième moitié demain). Documentaire fort bien ficelé et très intéressant sur Chirac l'homme politique auquel manquait peut-être quelques éléments sur Chirac l'homme, qui auraient permis d'encore mieux saisir la complexité de l'homme et certains de ses choix et orientations. Petite séance de rattrapage pour ceux qui l'auraient raté.Rotman commence par une exposition rapide de l'enfance de Chirac, enfant chéri par sa mère mais avec un père assez froid. Elève moyen et peu travailleur, un peu jouisseur et assez bavard, mais qui réussira tout de même à entrer à Sciences-Po où il croisera des gens comme Michel Rocard. Le beau gosse (car Chirac était plutôt bel homme, grand, séducteur et sourire toujours rivé aux lèvres) devient alors un bûcheur, assiste aux réunions des jeunes socialistes (entraîné par Rocard), et sort de l'école bien placé. Service militaire, guerre d'Algérie, mariage avec l'héritière d'une grande famille gaulienne, ENA, et le voilà qui entre au service de Pompidou comme chargé de mission. Pompidou qui sera un mentor pour lui, un père spirituel et aussi affectif, lequel lui fera gravir petit à petit les échelons (mais Chirac n'avait pas démérité) jusqu'au poste stratégique de Ministre de l'Intérieur. Sa disparition sera un vrai choc pour Chirac, mais son ambition revient vite à la charge et le pousse à continuer son ascencion.
Un des enseignements de ce docu, pour moi qui connaissait très mal les années de Chirac avant sa présidence, a été de découvrir son côté manipulateur et amateur de grandes manoeuvres politiques pour abattre ses adversaires, ainsi que le rôle de personnages de l'ombre mais déterminants : Pierre Juillet et Marie-France Garaud, ses éminences grises, qui comme le dit Rotman "l'ont emmené beaucoup plus à droite qu'il ne l'est réellement". Car on le sait, Chirac a une fibre sociale indéniable, il aime le contact des gens et aime qu'on se sente bien avec lui, il est proche des préoccupations de la France profonde (encouragé et choisi en ce sens par Juillet et Garaud). Il n'hésite pourtant pas à éliminer ses adversaires, à l'intérieur de son propre camp, comme il le fait avec Chaban Delmas qu'il torpille littérallement en 74, faisant alors élire Giscard qui n'eut d'autre choix que de le prendre comme premier ministre. Mais Giscard ne considère pas beaucoup Chirac, qui lui respecte son intelligence, et ne lui laisse à peu près aucune marge de manoeuvre. La conception giscardienne du pouvoir, le premier ministre servant d'exécutant (maintenant on dirait conception sarkozyste), finit par lasser et la cohabitation (paradoxalement) tourne au vinaigre. Chirac démissionne, sabordant une fois de plus son propre camp sur l'autel de son ambition. Il crée alors le RPR, malgré les nombreuses inimitiés qu'il s'est créé en taclant Chaban puis Giscard, et se laisse convaincre de briguer la mairie de Paris, ce qu'il voulait refuser au début.
Il se présente contre le candidat de Giscard, et clive encore un peu plus la droite. Après une campagne féroce il est élu, malgré des sondages défavorables pendant longtemps. Arrivé à une place déterminante, il critique allègrement Giscard et son gouvernement, et se sert des grandes possibilités offertes par sa position pour taper sur VGH. Ce faisant il plombera la campagne de ce dernier à la présientielle de 81, incitant officieusement les militants à voter Mitterand en attendant des jours meilleurs. Ainsi, 7 ans après avoit fait élire Giscard, il lui tire dans les jambes et participe à sa chute, dégageant le terrain pour l'échéance suivante.Si tout ce récit politique était raconté avec une grande clarté et suscitait un grand intérêt, Rotman a toutefois échoué à restituer pleinement le mystère Chirac, cet homme à l'image d'inculte un peu beauf, pourtant amateur d'art primitif, de civilisations anciennes et de poésie. Extrêment discret sur sa vie, Chirac ne s'est presque jamais dévoilé, et Rotman n'a pas pu ou pas su obtenir de ses interviewés quelques lumières sur cette facette du président, qu'il décrit tout de même comme plein de doutes et ne s'aimant pas, cherchant quelque part à se fuir en parcourant la France en tous sens et en serrant des kilomètres de main. Le docu fait ressortir l'image d'un Chirac en proie a une sorte de dualité, ambitieux et sûr de lui en apparences, mais tiraillé par le doute, incertain et presque manipulé comme un pantin dans l'ombre par des gens comme Juillet, Garaud ou Pasqua. Un homme sous influence, ce qui explique en partie son côté girouette et la difficulté à le positionner clairement à droite, l'homme fluctuant selon ses conseillers. Ce côté là, la dualité homme de caractère / homme influençable aurait mérité un traitement bien plus approfondi car il semble fondamental pour comprendre l'homme et sa carrière. Mais peut-être est-il trop tôt pour celà ?
Suite et fin du docu demain...
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