Davodeau et son oeuvre
Dernièrement, j'ai lu deux albums d'Etienne Davodeau publiés chez Delcourt, qui ont la particularité de ne pas être des fictions mais plutôt des sortes de documentaires en BD. C'était donc l'occasion idéale pour Te parler de ces ouvrages et un peu de leur auteur, qui méritent qu'on y consacre quelques lignes.
Tout d'abord, Les mauvaises gens, une histoire de militants, publié en 2005. Dans cet album, Davodeau retrace l'histoire de ses parents, qui ont été parmi les premiers à adhérer à des mouvements militants dans la région des Mauges (nom qui serait la contraction des mauvaises gens du titre). A travers cette biographie orientée, il raconte l'émergence du militantisme ouvrier dans une région où les travailleurs n'avaient pas vraiment de pouvoir avant cela. Mouvements catholiques, mouvements syndicaux, émergence de la conscience politique, son évolution et celle des convictions de ses parents servent d'illustration pour retraçer les changements sociaux d'une époque, entre l'après-guerre et l'arrivée au pouvoir de Mitterand. Davodeau mêle la petite histoire (celle de sa famille) à la grande (celle de la France sociale) pour donner corps à son récit, le rendre vivant et concret. Avec son trait relativement simple, brut, il focalise son lecteur sur son propos plutôt que ses images, qui ne sont que le support de son histoire et rien de plus. Si le propos est assez intéressant et mérite la lecture, j'ai tout de même trouvé l'album un petit peu long et pas toujours limpide dans sa construction. Preuve de sa qualité, il a reçu le prix du public cette année à Angoulême.
Rural, chronique d'une collision politique, a quant à lui été publié en 2001. Cet album est le fruit de tout ce que Davodeau a récolté pendant l'année où il a suivi le travail de quelques exploitants agricoles et paysans, du côté d'Angers (pas très loin des Mauges, d'ailleurs). On croise entre autres trois paysans ayant réunis leurs exploitations et ayant fait le pari du bio, un couple retapant depuis dix ans une vieille bâtisse, dont les vies paisibles sont fortement perturbées quand est révélé le tracé de la future autoroute A87. En effet, le projet coupe en deux l'exploitation des paysans et passe quasiment sur la maison du couple, qui voit tout son travail condamné. Davodeau parle du travail des paysans, des combines et influences ayant présidé à la décision du tracé de l'autoroute, de l'attitude dégueulasse d'ASF (futur exploitant de l'A87), de la vie rurale quotidienne. Il n'hésite pas non plus à parler d'argent, que ce soit concernant le prix du lait bio ou le montant des négociations de la vente de la maison à ASF. Toujours avec le même trait simple, Davodeau nous plonge dans la réalité de ces gens, nous fait (re)découvrir un monde un peu oublié de nos jours, avec ses convictions, ses contradictions, etc... Un excellent album du début à la fin.
Ce qui ressort de ces deux ouvrages, c'est que Davodeau s'intéresse avant tout aux gens et à leurs histoires. La force de ses récits vient du savoir faire dont il fait preuve pour transmettre ces bouts de quotiden, avec humour, émotion, sans voyeurisme ou fausse pudeur. Du vrai, de l'authentique, ça se sent et c'est pour ça qu'on se sent aussi concerné par ce qui arrive à ces inconnus évoluant dans un monde différent du nôtre de surcroît. De la BD engagée, militante et humaniste, simple et forte, qui fait mouche. Davodeau a publié de nombreuses autres oeuvres chez divers éditeurs, et dans celles que j'ai lues j'ai retrouvé cette volonté de se focaliser sur des gens, souvent simples. Davodeau aime osculter ses semblables et leurs petits travers, et dépeint des gens qu'on pourrait parfaitement croiser dans de nombreux endroits. De la BD sociale de proximité, en quelque sorte. Pas de héros flamboyants, d'héroïne super sexy, de grandes scènes d'actions dans ses oeuvres ; plutôt des perdants magnifiques, des (anti)héros du quotidien, dans des moments ordinaires. Davodeau a ce talent de tour à tour faire désespérer puis donner foi en l'homme, en montrant des choses simples et universelles. Un artiste majeur dont le travail est méconnu en dehors du microcosme BD, et qui mérite que Tu Te penches sur son oeuvre, si Tu l'as découvert en lisant ceci (Anaha, fais moi confiance, ça va forcément Te plaire, j'en mets mon clavier à couper).
Tout d'abord, Les mauvaises gens, une histoire de militants, publié en 2005. Dans cet album, Davodeau retrace l'histoire de ses parents, qui ont été parmi les premiers à adhérer à des mouvements militants dans la région des Mauges (nom qui serait la contraction des mauvaises gens du titre). A travers cette biographie orientée, il raconte l'émergence du militantisme ouvrier dans une région où les travailleurs n'avaient pas vraiment de pouvoir avant cela. Mouvements catholiques, mouvements syndicaux, émergence de la conscience politique, son évolution et celle des convictions de ses parents servent d'illustration pour retraçer les changements sociaux d'une époque, entre l'après-guerre et l'arrivée au pouvoir de Mitterand. Davodeau mêle la petite histoire (celle de sa famille) à la grande (celle de la France sociale) pour donner corps à son récit, le rendre vivant et concret. Avec son trait relativement simple, brut, il focalise son lecteur sur son propos plutôt que ses images, qui ne sont que le support de son histoire et rien de plus. Si le propos est assez intéressant et mérite la lecture, j'ai tout de même trouvé l'album un petit peu long et pas toujours limpide dans sa construction. Preuve de sa qualité, il a reçu le prix du public cette année à Angoulême.
Rural, chronique d'une collision politique, a quant à lui été publié en 2001. Cet album est le fruit de tout ce que Davodeau a récolté pendant l'année où il a suivi le travail de quelques exploitants agricoles et paysans, du côté d'Angers (pas très loin des Mauges, d'ailleurs). On croise entre autres trois paysans ayant réunis leurs exploitations et ayant fait le pari du bio, un couple retapant depuis dix ans une vieille bâtisse, dont les vies paisibles sont fortement perturbées quand est révélé le tracé de la future autoroute A87. En effet, le projet coupe en deux l'exploitation des paysans et passe quasiment sur la maison du couple, qui voit tout son travail condamné. Davodeau parle du travail des paysans, des combines et influences ayant présidé à la décision du tracé de l'autoroute, de l'attitude dégueulasse d'ASF (futur exploitant de l'A87), de la vie rurale quotidienne. Il n'hésite pas non plus à parler d'argent, que ce soit concernant le prix du lait bio ou le montant des négociations de la vente de la maison à ASF. Toujours avec le même trait simple, Davodeau nous plonge dans la réalité de ces gens, nous fait (re)découvrir un monde un peu oublié de nos jours, avec ses convictions, ses contradictions, etc... Un excellent album du début à la fin.Ce qui ressort de ces deux ouvrages, c'est que Davodeau s'intéresse avant tout aux gens et à leurs histoires. La force de ses récits vient du savoir faire dont il fait preuve pour transmettre ces bouts de quotiden, avec humour, émotion, sans voyeurisme ou fausse pudeur. Du vrai, de l'authentique, ça se sent et c'est pour ça qu'on se sent aussi concerné par ce qui arrive à ces inconnus évoluant dans un monde différent du nôtre de surcroît. De la BD engagée, militante et humaniste, simple et forte, qui fait mouche. Davodeau a publié de nombreuses autres oeuvres chez divers éditeurs, et dans celles que j'ai lues j'ai retrouvé cette volonté de se focaliser sur des gens, souvent simples. Davodeau aime osculter ses semblables et leurs petits travers, et dépeint des gens qu'on pourrait parfaitement croiser dans de nombreux endroits. De la BD sociale de proximité, en quelque sorte. Pas de héros flamboyants, d'héroïne super sexy, de grandes scènes d'actions dans ses oeuvres ; plutôt des perdants magnifiques, des (anti)héros du quotidien, dans des moments ordinaires. Davodeau a ce talent de tour à tour faire désespérer puis donner foi en l'homme, en montrant des choses simples et universelles. Un artiste majeur dont le travail est méconnu en dehors du microcosme BD, et qui mérite que Tu Te penches sur son oeuvre, si Tu l'as découvert en lisant ceci (Anaha, fais moi confiance, ça va forcément Te plaire, j'en mets mon clavier à couper).
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