Et Dieu dans tout ça ?

Publié le par Fei

Ce soir, une petite note sur un sujet encore non-abordé ici : la religion, et plus globalement les croyances. Les miennes et celles des autres, en plus. Le sujet étant vaste et matière à débats interminables, il y aura peut-être d'autres notes là-dessus de temps à autres. Et puis bon, un petit sujet polémique de temps en temps, ça ne nuit pas. En ces temps où la religion connaît une résurgence inquiétante car fondamentaliste, et que la place qu'elle occupe se mélange à nouveau de plus en plus avec l'Etat, dans une remise en cause rétrograde du principe fondamental de séparation des pouvoirs religieux et étatiques, je vais Te livrer quelques pensées, qui Te paraîtront peut-être d'une banalité affligeante, désolé on fait ce qu'on peut. Je vais rester assez conceptuel, sans m'appuyer spécifiquement sur une religion.

Tu excuseras ma grossiereté, je vais commencer par ma petite personne, dans mon ego propre et mon moi personnel. J'ai été élevé dans une famille chrétienne, j'ai été au cathéchisme quand j'étais jeune, puis à l'aumonerie ensuite, et j'ai reçu à peu près tous les sacrements qu'on peut recevoir en étant ni prêtre, ni marié, ni mort. J'ai donc pas mal pratiqué la messe dans mes jeunes années, jamais avec un grand entrain, comme la plupart des enfants qui vivent la messe comme une corvée, en général. Moi peut-être un peu plus que d'autres, car au fond de moi je n'ai jamais vraiment cru à ce qu'enseigne la religion catholique. Dès que j'ai eu l'âge de réfléchir à ces questions, j'ai perdu le peu de foi que j'ai jamais eu. Une messe classique (i.e pas de mariage ou d'enterrement) n'a strictement aucune signification pour moi, ainsi que les dogmes quels qu'ils soient. L'eucharistie (la communion) n'a aucune valeur pour moi, si ce n'est d'être une tradition reflet d'un héritage ancestral et un tantinet contre-nature qui veut que consommer une partie d'une personne nous procure tout ou partie de sa force et de son savoir. Dans le même esprit, la prière est pour moi un exercice vide de sens. Je ne crois pas que Dieu écoute, et même si il le fait, je ne crois pas qu'il intervienne en aucune façon dans le monde. La prière, qui consiste initialement à s'adresser à Dieu, ne peut donc dans cette logique mener à rien. Je crois que si il y a quelque chose de supérieur à nous, Il nous a fait le don du libre-arbitre, qui suppose une non-ingérence totale et ne souffrant aucune exception. Je refuse l'idée que Dieu puisse intervenir dans une vie, puisque toute intervention impliquerait une raison, c'est à dire un dessein, qui va d'un point A à un point B, et n'en déplaise aux néo-créationnistes je refuse tout cela. Pour moi, l'Homme est seul responsable de ce qu'il fait, et d'où il va. L'intervention divine entraîne la notion de fatalisme (qui pourrait rejoindre le thême de la chance dont j'ai parlé il y a peu), et je ne veux pas croire que quelqu'un d'autre que moi puisse présider à mes choix. Bien sûr, je ne peux pas non plus maîtriser tout ce qui se passe, et en celà on pourrait être tenté de voir un main divine.  Après tout, Dieu est au final un concept dont la véracité est invérifiable, dont on peut théoriquement voir l'existence partout, puisqu'Il a présidé à la création de tout, et que son abstraction lui rend tout possible.

Au fond, l'éternelle question, bateau mais à jamais irrésolue, demeure : est-ce Dieu qui a créé l'Homme, ou l'Homme qui a créé Dieu ? Faisons nous partie d'un tout dont nous sommes incapables d'embrasser l'immensité, simples pantins façonnés par une force dont l'existence même nous demeure incertaine ; ou au contraire, avons-nous façonné une entité supérieure de toute pièces pour faire face à l'abîme de notre existence, au mystère de notre origine et à l'angoisse de notre propre fin ? Dieu est pour certains une réponse à l'anxiété métaphysique causée par la réflexion menée sur le sens de leur propre existence et la crainte de la mort, et de celle de l'Homme en général. A l'heure où l'Homme à commencé à se poser ses premières questions existentielles (c'était un jeudi, un peu après le déjeuner, il y a environ fort longtemps) mais qu'il ne disposait pas des outils et de l'expérience nécessaires pour y trouver quelques éléments de réponses, il a trouvé une parade redoutable, simple et sans faille : la notion d'entité supérieure, présidant à son destin. Même si la religion n'existait pas réellement à cette époque, les hommes préhistoriques avaient déjà des pratiques chamaniques et une forme de spiritualité primitive proche de la Nature. Le monothéisme était encore loin, mais il y avait déjà les graines de la croyance, comme le prouve le fait que l'enterrement est une pratique remontant à la nuit des temps (ou 2/3 semaines après, c'est un peu flou). Le chamanisme a peu à peu laissé place au polythéisme (pas partout, évidemment), lequel a fini par céder face au monothéisme (un petit égyptien précurseur avait tenté le coup à un moment mais sans grand succès). Cette spiritualité s'est accompagnée de rites, pratiques et mythes de plus en plus riches et complexes. Ainsi, si les grands monothéisme ont chacun un texte sacré fondamental (Bible, Thora, Coran), interprétés par des éxégètes, bien d'autres existent, en plus des textes ajoutés au fur et à mesure (bulles papales, paroles des imams chiites, etc). L'Homme s'est construit petit à petit des barrières et des mythes pour parvenir à vivre avec ce qu'il ne pouvait appréhender. Ces croyances, qui à la base servaient en fait de palliatif pour apporter une réponse à l'incompréhensible, ont acquis une telle valeur qu'elles résistent même à l'évolution des connaissances, fortement soutenues en ce sens par ceux qui en sont dépositaires. Longtemps, le prêtre ou son équivalent a été le dépositaire du savoir, décidant du sacré et du sacrilège, en tant que représentant ou interprète de la parole divine parmi les hommes. Nietszche l'a violemment critiqué en son temps (parfois de façon un peu puante d'ailleurs), il ne portait pas vraiment le clergé en son coeur, l'accusant entre autres (et pas forcément à tort, à une époque en tout cas), d'empêcher l'évolution de l'Homme en le maintenant dans des craintes mystiques dépassées et le bridant par la foi qui l'empêche de se réaliser.

Pesonnellement, je ne crois pas en Dieu tel qu'il est présenté par une religion ou une autre. Le dogme a selon moi fait beaucoup de mal au concept de Dieu, puisque l'observation de certains principes et pratiques tend à remplacer la réflexion personnelle. Je respecte les croyances des autres tant qu'on n me les impose pas (ah, le prosélytisme), mes amis sont de toute façon suffisament intelligents pour ne pas être fondamentalistes ni même traditionnalistes, mais je ne comprends pas les pratiques religieuses. J'ai beau chercher, je ne vois pas ce que Dieu pourrait en avoir à faire si on mange du poisson le vendredi, si on évite le porc, ou si on n'allume pas la télé à partir du vendredi à la nuit tombée. Je n'aime pas cette idée qu'il faille passer par ces pratiques pour manifester sa foi, aux autres comme à soi. Selon moi, tout cela aurait du redevenir un travail purement spirituel et personnel. Heureusement, beaucoup de gens sont capables de recul sur leur propre religion, d'interprétation, de filtrage de ce qu'ils acceptent ou rejettent. La religion est pour eux une source de réconfort, une sorte de ligne de conduite, quelque chose qui les rend fort, qui les pousse dans une voie qu'ils ont choisie. J'aimerais bien essayer, pour voir, ce que ça fait de croire en quelque chose de divin. Pour ma part, je crois qu'il y a quelque chose qui nous dépasse, qui n'existe pas forcément dans le sens où nous concevons l'existence, quelque chose que notre psychologie ne nous permettra jamais d'appréhender. Après tout, on aura beau remonter au plus près de l'Origine de tout, il restera toujours une question : et avant, il y avait quoi ? D'où vient la matière, d'où vient même le vide ?  Le concept d'éternité, qui ne connaît ni début ni fin, prend là tout son sens. Il n'est pas vain de chercher des réponses, mais il vain d'espérer les obtenir toutes. Il restera toujours un inconnu quelque part, quelque chose d'inexplicable mais qui pourtant explique tout le reste. Dans ce rien qui est tout, je décèle Dieu, de la façon dont moi je le conçois, au delà ou à côté de l'existence, de la matière. Car une part de vérité est peut-être là, finalement, et si la vraie nature de Dieu était de ne pas en avoir une propre à lui-même, différent pour tous mais commun à chacun ?
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Publié dans Rien à bloger

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T
hey bro'<br /> interessant ce chti texte quoi qu'un peu prise de tronche parfois (tu sais bien moi quand on depasse la phrase sujet-verbe-complément contenant des mots qu'à 3 syllabes ou moins je decroche!)<br /> moi je pense que pour adherer a une religion, il faut pas l'avoir "subie" en etant petit parce que maintenant on voit la messe uniquement comme un truc chiant alors que si on n avait pas baigné dedans etant gosses ptetre bien qu on s'y interesserait plus...<br /> en tt cas je vois qu'on a la meme vision des choses :p
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F
"je pense que pour adherer a une religion, il faut pas l'avoir "subie" en etant petit parce que maintenant on voit la messe uniquement comme un truc chiant alors que si on n avait pas baigné dedans etant gosses ptetre bien qu on s'y interesserait plus..."Possible, mais j'ai encore pas mal d'amis qui continuent a croire et pour qui c'est important, meme si ils ne pratiquent plus en allant a la messe. Il y a une foi en dehors de l'eglise (le batiment), et celle la peut se garder meme si les rites nous ennuient.
H
Je suis globalement d'accord avec tout ça même si, de mon côté, j'ai eu une vraie foi à un moment de ma vie. Il y a juste deux points de ton raisonnement que je voulais préciser :<br /> 1- "Faisons nous partie d'un tout dont nous sommes incapables d'embrasser l'immensité, simples pantins façonnés par une force dont l'existence même nous demeure incertaine ; ou au contraire, avons-nous façonné une entité supérieure de toute pièces pour faire face à l'abîme de notre existence, au mystère de notre origine et à l'angoisse de notre propre fin ?"<br /> Il y a une troisième option, que tu développes d'ailleurs ensuite mais sur laquelle je voulais insister : une force supérieure qui aurait créé le monde mais le laisserait évoluer par lui-même. Ce point me semble intéressant car, par "force supérieure", on peut entendre autre chose que "dieu". Personnellement, je trouve le concept de "dieu" très enfantin. Quand on entend ce mot, on imagine une espèce d'entité pensante qui nous ressemble tellement que c'en est presque risible. Mais on peut être parfaitement non-croyant et envisager la possibilité d'une force supérieure qui nous "gouverne", dans le sens où l'on dépend d'elle, ce qui ne nuit pas à notre libre arbitre. Je trouve dommage que beaucoup de gens mettent tout ce que l'on n'est pas encore capable d'appréhender (ou qu'on ne pourra jamais appréhender) dans la catégorie du métaphysique. Je trouve ça très "humain", et pas dans le bon sens du terme. Il y a beaucoup d'orgueil là-dedans, une propention à tout juger selon nos critères, notre système de raisonnement... Et surtout, ne pas envisager qu'il puisse y en avoir d'autres, ou alors n'être capable de les envisager que par rapport à nous.<br /> 2- Concernant la prière : "la prière est pour moi un exercice vide de sens. Je ne crois pas que Dieu écoute, et même si il le fait, je ne crois pas qu'il intervienne en aucune façon dans le monde. La prière, qui consiste initialement à s'adresser à Dieu, ne peut donc dans cette logique mener à rien".<br /> C'est une définition très parcellaire de la prière, qui ne correspond pas à toutes les religions. Dans le bouddhisme, par exemple (et qu'on ne vienne pas me dire que le boudhisme n'est pas une religion sinon je mords ^___^). Dans le bourdhisme, disais-je, avant d'être grossièrement interrompue par moi, la prière n'est pas une demande d'intervention divine. On peut parfois demander à une entité supérieure de nous donner force et courage (et encore il s'agit plus là d'une forme d'autosuggestion), mais le plus souvent il s'agit d'introspection, de méditation... d'agir effectivement sur notre esprit pour le placer dans un état qui nous permettra d'agir (je simplifie un peu et des praticants corrigeraient sans doute ce que je raconte mais l'idée est là). Du coup, le cérémonial mystique autour de ça n'est qu'une aide, une personnification de la divinité, indépendante des croyances, pour permettre aux hommes d'atteindre l'illumination.Je crois que ceci s'applique à de nombreuses religions orientales... Et d'ailleurs de nombreux moines chrétiens pratiquent la prière ainsi.Le danger est de se laisser enfermer dans la passivité de la méditation ou de la prière, par exemple de se satisfaire de l'état de relaxation proche de la plénitude qu'elle induit, et de finir par s'accrocher aux dogmes plus qu'à la spiritualité qui, elle, est d'ailleurs complètement laïque.
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F
1- Ta 3e option est en fait une "sous-division" de ma 1ere hypothese. Et ce que tu dis rejoins en effet ce que je dis par la suite. Force superieure et dieu sont simplements des concepts, assez variables selon les gens, les cultures et les epoques. Dieu est trop souvent associé a sa conception chretienne, tres humaine (colerique, jaloux, aimant, etc...), mais a la base il s'agit de quelque chose de plus vaste. Un principe créateur, que chacun a ensuite modélé selon ses propres besoins spirituels. <br /> 2- La prière n'ets pas forcément une demande d'intervention. Tu peux prier pour des tas de choses : recommander une âme, remercier pour quelque chose, etc... La priere a fini par evoluer, en tout cas chez les pratiquants un minimum éclairés, par une sorte d'introspection, d'"auto-persuasion" pour se mettre en condition, en effet. La prière est une constante de toute les religions, qui vise a communiquer avec le divin (dieu, esprit, force...) ou a se developper pour atteindre un etat s'en approchant (l'eveil, la meditation). Et il n'est finalement pas nécessaire d'etre pratiquant pour prier. 
C
J'ai à peu près le même vécu question religion: baptème, cathé, communions (p'tain qu'est ce que c'était chiant la messe). Et pour finir j'ai la même opinion que toi sur Dieu.
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F
Ah ca la messe c'etait pas mon moment favori du dimanche, en general. L'homelie etait parfois interessante, mais le reste me gavait plutot copieusement...