Pétrole et corruption
Ce week-end, je suis allé voir deux films très différents bien que liés discrètement par les mêmes thématiques. L'un est un film français de Claude Chabrol, l'autre un film américain de Steven Gaghan. Chauvinisme oblige (et ordre chronolgique de visionnage), je commence par le Chabrol...
L'ivresse du pouvoir, avec Isabelle Huppert, est une fiction dont toute ressemblance avec une autre affaire "serait, comme on dit, fortuite", selon le réalisateur. Huppert y incarne Jeanne Charmant-Killman, juge bien décidée à faire un peu le ménage dans une grande entreprise française dont les dirigeants semblent assez portés sur l'abus de bien social, les commissions délirantes, et autres pratiques quelques peu illégales ayant pour but d'arrondir des fins de mois pourtant déjà pas négligeables. Face à elle, tous ces hommes de pouvoirs (incarnés par un casting impressionnant : Berleand, Balmer, Bruel) perdent rapidement leur superbe et leurs grands airs.
Toute ressemblance avec l'affaire Elf est donc purement fortuite (la société mise en cause s'appelle FMG, Tu vois peut-être le clin d'oeil...), bien que le personnage de Berleand ressemble fortement à Loïc Lefloch-Prigent, que le duo de juges ne soit pas sans rappeler le tandem Joly-Vichnievsky, ou encore qu'un certain député du Nord au fort accent du Sud résonne étrangement avec Charles Pasqua. Toutefois, le propos du film n'est pas tant dans les dessous de l'affaire en elle-même que dans le petit théâtre de personnages recréés par Chabrol. L'ivresse du pouvoir c'est celle de ces hommes qui se sont crus intouchables, mais c'est aussi celle ressentie par les juges qui les font redescendre. On ressent le plaisir qu'a Charmant-Killman à malmener ces messieurs, à jouer avec leurs nerfs, bref à être la maîtresse de ce curieux jeu des perquisitions/interrogatoires, de ce droit qu'elle a sur la vie de ces hommes (liberté ou détention, etc...). Chabrol se sert donc de cette affaire comme clin d'oeil et prétexte à cet affrontement de personnages et d'intrigues entre les représentants du pouvoir judiciaire et les représentants du pouvoir économique, et livre là une sorte de comédie du pouvoir plutôt distrayante et bien ficelée.
Syriana, avec à l'affiche Georges Clooney (Bob) et Matt Damon (Bryan), parle lui aussi de pouvoir, de corruption, mais aussi de géopolitique, dans le contexte pétrolier du Moyen-Orient. C'est un film complexe dont je vais essayer de Te faire un petit résumé pour commencer.
Le prince Nasir, héritier potentiel du trône et réformiste éclairé en lutte avec son frère pour la succession, vient de céder les doits d'exploitation des ressources de son pays à la Chine, au détriment des américains de Connex Oil. Connex décide alors de racheter Killen, petite société pétrolière ayant obtenu de façon inattendue (et probablement un peu illégale) des droits d'exploitation d'un autre site. Cette fusion attire l'attention de la Justice, et Bennet Holliday est chargé par son cabinet de conseil de trouver les failles du dossier avant les juges pour trouver des gens à sacrifier et permettre la fusion que l'Etat souhaite voir se produire malgré l'enquête. Son cabinet a de plus de forts intérêts dans la région et est proche du frère du Prince Nasir. Les conflits d'intérêts privés se mélangent alors avec ceux de l'Etat, et Bob, vieux briscard de la CIA spécialiste de la région, est chargé de faire disparaître le prince Nasir qui est conseillé par le jeune et un tantinet naïf Bryan. Tout cela aura une influence directe sur un jeune travailleur pakistanais rapidement embrigadé dans une école coranique où des extrémistes viennent faire leur marché de chair à attentats suicide.
Comme Tu le vois, l'intrigue est fort complexe, possède de très nombreuses ramifications et il n'est pas toujours évident de suivre ce qui se passe. Disons le, le film est même trop complexe, et perdra le spectateur inattentif alors que le spectateur attentif ne comprendra pas tout mais surnagera suffisament pour saisir les grandes lignes. Le propos du film est de montrer à quel point la situation au Moyen-Orient est due aux interventions américaines, pourquoi il y a un intérêt à y maintenir le chaos en écartant les réformistes, et à quelle point est grande la collusion entre les intérêts privés et ceux de l'Etat. Cela le film y parvient, mais au prix d'un certain effort du spectateur qui devra faire son deuil d'une compréhension totale, à moins d'avoir plusieurs diplômes de politique internationale et une vaste connaissance de la géopolitique au Moyen-Orient.
Je Te le conseille quand même, parce que Clooney y est épatant en vieux routard fatigué, et que ça reste très intéressant malgré la difficulté. Mais n'y vas pas en étant fatigué, Tu es prévenu.
Si Tu as vu l'un ou l'autre de ces films, n'hésite pas à réagir dans les commentaires pour donner Ton avis et inciter les gens à se ruer ou à fuir les salles...