Politique fiction
Comme Tu le sais sans doute si Tu suis un minimum l'actualité politique de notre beau pays, Terre d'Asile et Patrie des Droits de l'Homme, en ce moment nos cher élus se creusent la tête sur les questions d'emploi (CNE, CPE et autres acronymes, à quand un contrat WTF ? cf note d'hier) mais aussi sur l'immigration. Eh bien parlons-en un peu, de ces choses là. Ici il ne sera point question d'une étude avec moults statistiques plus ou moins manipulées ou d'une conférence par un spécialiste. Plutôt une petite politique fiction qui pourrait bien contenir quelques morceaux de mauvaise foi ou de la pulpe de mauvais esprit.
Immigration, mot qui fait frémir nos concitoyens les plus humanistes, nos compatriotes les plus éclairés, bref les membres les plus tolérants de notre nation. Immigration et emploi sont souvent reliés à plus ou moins bon escient, notamment dans des slogans fort sympathiques du même tonneau que "Un million de chômeurs, c'est un million d'immigrés en trop" (Tu auras déviné de quel joyeux parti vient cette maxime). Ce genre de sophisme a toujours été une réponse simple à donner aux esprits simples, ça permet d'obtenir des voix pour pas cher alors pourquoi se priver, même si ça ne donne aucune réponse aux problèmes de l'immigration. Ces problèmes, nos élus en débattent, donc. La dernière conception "tendance" à droite, c'est l'immigration choisie. En gros, Tchang veut venir bosser pour pas cher dans nos belles entreprises, il est le bienvenu ! Ahmed veut venir faire des études dans nos universités, et puis quoi encore, y veut pas qu'on le paie aussi ? Là Tu Te demandes avec angoisse, "mais où il veut en venir, là ? Quel rapport avec le CPE/CNE ?".
Et bien imagines un instant que Nicolas S. (pour garantir son anonymat), une fois devenu Empereur, décide de simplement fusionner ces deux domaines ? Une immigration avec période d'essai de deux ans ! On importe un Pedro, on lui fait passer un entretien pour voir sa motivation et négocier son salaire au rabais (sinon c'est un autre Pedro qui aura la place) et on le fait bosser pour pas cher. Et au bout de deux ans on le remplace par un autre Pedro ! Ou alors on le vire avant avec reconduite à la frontière sous 24h, parce que la flexibilité c'est l'avenir de l'entreprise ma bonne dame. Et qui dit avenir de l'entreprise dit avenir de l'Homme, forcément, puisque que quand l'entreprise va, tout va (mantra répété à l'infini par les ultra-libéraux, c'est une technique d'auto-hypnose). Ca Te paraît impensable, et pourtant y suffirait de pas grand chose, puisque l'immigration choisie consiste en fait in fine à sélectionner ceux qui apporteront une valeur ajoutée à notre -hum- Terre d'Asile Patrie des Droits de l'Homme. On prendra bien quelques artistes et autres Pedro inutiles qui rapportent pas un kopek, histoire de prouver que la culture, quand même, c'est important.
Maintenant, faisons un petit flashback dans notre petite fiction, et revenons quelques décennies en arrière. Précisément au moment où la famille du petit Nicolas S. quitte sa Hongrie d'origine et arrive en France. Avec l'immigration choisie, est-ce qu'on leur aurait pas claqué la porte à la gueule, à ces braves gens ? Peut-être bien que si. Y en aurait bien eu un autre pour pondre l'immigration choisie, de toute façon. Et au moment où le jeune Nicolas S., futur orateur talentueux et travailleur acharné, mais qui n'était encore qu'un jeune immigré, aurait voulu entrer en France, on lui aurait peut-être refusé ce droit parce qu'il ne rentrait pas dans les critères de sélection. Pour le consoler on l'aurait quand même mis dans le grand catalogue des candidats à l'entrée en France, consultable par toutes les entreprises, pour le contacter si quelqu'un souhaitait lui faire passer un entretien d'embauche/immigration.
Cette petite note sans prétention suscitera peut-être chez Toi, lectrice, lecteur, le début (ou la reprise) d'une petite réflexion sur la façon dont entreprise et Etat sont de plus en gérés de la même façon (et par les mêmes personnes), et comment le Marché remplace toujours plus l'Homme, réduit à un simple consommable dont on dispose à volonté, sous l'oeil bienveillant de la nouvelle trinité NASDAQ/CAC40/EUROSTOXX50.