Jospin, Robbie Williams et les fans
Le suspens à deux francs (pardon, 30 centimes d'euro) a pris fin, Jospin a annonçé qu'il ne serait pas candidat. Il attendait depuis des années que le PS le rappelle, et comme Hollande n'avait pas l'air pressé il lui avait tendu la perche en revenant de lui-même dans la sphère médiatique. Sans plus de succès, puisque personne ne goûte vraiment sa tentative de retour messianique. Jospin a donc choisi la seule option qu'il avait en réalité : le retrait. Il allait quand même pas se lancer dans la course en partant battu d'avance. Une deuxième humiliation, il devait pas être pressé. En plus le coup du retrait de la politique pour assumer son échec il l'a déjà fait, alors il lui restait plus que le retrait de la vie tout court, c'est à dire au mieux faire hermite ou au pire seppuku. Officiellement, il se retire pour ne pas diviser le parti. Mouais. C'est sûr que sa tentative avortée de retour au premier plan a pas du tout foutu le bordel, et qu'il avait fait savoir qu'il était disponible juste pour rendre service. Après tout le cinéma qu'il a fait ces dernières semaines, le retrait ne pouvait que le faire passer pour une bille, mission accomplie. Le PS salue la décision de ce cher Yoyo comme une décision sage, qui clarifie la donne, histoire de le brosser un peu dans le sens du poil pour éviter qu'il foute trop le bordel maintenant qu'il s'est retiré. Un de moins, mais il reste encore du monde dans la cour des petits chefs briguant le poste.Enfin bon, aujourd'hui on ne va pas parler du PS, mais de la fan attitude. En effet, je lisais Bone hier soir (1300 pages VO de pur bonheur comics) avec la radio en fond, et est venu le moment des résultats d'un concours. Jusque là rien de bien intéressant (sauf Bone). Le concours était simple : envoyer un SMS pour peut-être gagner des places pour le concert d'un groupe que personnellement je connais depuis deux jours : Tokio Hotel (un groupe allemand, pas japonais, en fait). L'animatrice pioche des numéros au pif dans les SMS et rappelle les gens. Et là ça commence. A l'autre bout du fil, des cas pathologiques de fans. Y a eu celui qui arrivait presque pas à parler tellement il était trop ému de voir ses super idoles qu'il aimera pour toujours jusqu'au prochain groupe qu'il adorera pour la vie. Y a aussi eu celle
qui s'est mise à chialer tellement c'était le plus beau jour de sa vie, et qu'en plus elle était allé à la dédicace cet après-midi et que Hans (ou je ne sais quel prénom teuton) en fait il est juste pas photogénique mais en vrai il est trop impressionnant, j'te jure. Presque flippant. Je comprends qu'on soit super heureux de choper des places pour un concert un peu select d'un groupe qu'on aime, mais là c'était plus que ça. C'était pas juste la joie de la promesse d'une bonne soirée, pas juste l'idée du plaisir de voir des allemands prépubères (oui le chanteur, car le truc aux cheveux noirs est un mec, a une voix assez jeune, Jordy version vénère comme disait un auditeur) en live.Là c'était comme si la nana accouchait de son premier gamin, comme si le mec venait d'entendre sa copine répondre "oui" à sa demande en mariage, comme si le chirurgien venait de lui annoncer après 13 heures d'opération que maintenant tout ira bien pour sa mère. Bref c'était disproportionné, un peu malsain. Comme un camé à qui on file sa dose alors qu'il est en crise de manque. Je n'ai jamais été totalement fan d'un groupe ou de quelqu'un, donc j'ai du mal à comprendre la place qu'une idole occupe dans la vie de ses fans. Je ne crois pas que ces auditeurs là soient du genre à devenir obsessionnels (se sapant, parlant, se comportant pareil), voire même des stalkers (qui suivent leurs idoles dans leurs moindres déplacements). Mais bon je serai la star en question, je flipperai un peu de savoir que certains utilisent mon image pour combler leur vide intérieur. Car contrairement à ce que ces gens pensent, ils adulent une image, pas une personne réelle. Les gens qu'ils idolatrent sont très souvent des gens du spectacle, habitués à jouer un rôle, à gérer un public. Certains sont totalement faux, d'autres plus sincères avec leur public, mais ils restent des images.
J'avais vu un reportage intéressant sur une tournée de Robbie Williams (j'aime beaucoup Robbie Williams, bien plus intéressant qu'on ne le penserait), où il confiait que parfois il avait peur de son public, peur du pouvoir qu'il avait sur certains, peur surtout de ce que certains sont prêts à faire pour l'approcher, se rapprocher de lui physiquement ou comportementalement. Car les fans qui ont franchi la limite sont comme certains amoureux transi qui virent dans la haine quand on les repousse : si leur idole les déçoit ils peuvent craquer. Combien de grands fans se sont mis à presque haïr leur idole parce que celle-ci n'a pas voulu signer leur billet de concert, par exemple. Ils lui sont presque dévoué, mais attendent quelque chose en retour. Hors un artiste c'est comme n'importe qui, ça a ses mauvais jours, ses coups de pompe, ses pas envie de passer une heure à gribouiller des bouts de papier. Mais chez certains fans ce besoin de contact avec l'idole est tellement fort qu'il peut provoquer des drames en cas de non-satisfaction. Heureusement, la grande majorité des fans n'est pas comme ça. Mais bon, voir des nanas s'évanouir parce que Pedro a par hasard croisé leur regard en scrutant la foule, c'est pas normal. Les hystériques qui créent presque une émeute quand Bob Swing vient dédicacer au Virgin local sont à mettre dans le même panier. Comment peut-on se mettre dans cet état juste pour dire 3 mots après 10 heures de queue à un gars qui écoutera d'une oreille distraite avant de dire "Merci, suivant" ? Quelle place occupe une idole dans la vie d'un fan, quel vide comble-t-il, quel besoin le fait d'aduler une célébrité (oui peu de gens sont fans de leur épicier du coin) satisfait-il ? Est-ce un besoin narcissique, de se donner l'illusion d'une proximité avec une personne connue, une forme de quête de reconnaissance, même artificielle ? Est-ce une réponse à un vide existentiel, une façon de se donner un but ? Un palliatif à un manque affectif ? Je n'ai pas de réponse, mais cette sorte d'addiction m'intrigue.
Moi j'aimerai bien rencontrer Robbie Williams, mais pas pour le toucher ou sentir son parfum, mais parce que je crois que c'est un mec intéressant avec qui il doit être possible d'avoir des discutions enrichissantes. Lui courir après pour choper une photo dédicacée ou accrocher le t-shirt qu'il portait à mon mur, bof. Et coucher avec lui, sans façon. ^^
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