Koma

Publié le par Fei

Allez, un petit article BD avant le WE après le questionnaire tout pourri d'hier. Et pour changer, ce coup-ci ce sera une BD avec des couleurs, dans un petit format traditionnel. Une pure fiction, dans un monde différent du nôtre, sans message politique. La série en question s'appelle Koma, de Wazem et Peeters, aux Humanoïdes associés. Je l'ai choisie pace qu'outre sa qualité, le 4e tome sort ces jours-ci, ce qui devrait assurer une visibilité relative en librairie pour les gens qui auront peut-être envie de lire la série après que j'aie tenté (et donc réussi dans ce cas) de les en convaincre.

La série a démarré en octobre 2003 avec La voix des cheminées, et dès que j'ai vu sa couverture sur le site des Humanos j'ai été attiré (grand format ici) et j'ai noté dans un coin de ma tête qu'il faudrait que je surveille sa sortie en librairie. De cette simple image se dégage une grande poésie, quelque chose qui touche déjà. Le contraste entre le décor industriel et l'expression de la petite fille perchée sur sa cheminée marche très bien, on a l'impression qu'elle est en train de regarder en spectatrice privilégiée Dick van Dyke et ses amis ramoneurs refaire leur numéro de Mary Poppins, avec un brin de mélancolie en plus. Cette image à elle-seule montre la force de Peeters, qui avec trois fois rien (le dessin est loin d'être chargé) arrive à faire passer plein de choses grâceà une expression faciale totalement maîtrisée et d'une finesse étonnante.

Et de quoi ça cause, Koma, d'abord ? Les auteurs nous proposent de suivre leur petite héroïne (celle de la couv'), la curieusement nommée Addidas "mais pas comme les chaussures, hein !". Fille d'un ramoneur qui l'élève seul, Addidas est sujette à d'étranges malaises qui lui font parfois perdre connaissance sans aucun signe avant-coureur ou séquelle. De temps en temps, elle aide son père dans son travail, pour faire les galeries dans lesquelles lui est trop grand pour aller. Et la petite Addidas se demande où et comment c'est la campagne, elle qui n'a jamais rien vu d'autre que la grande cité industrielle et ses cheminées. Un matin, alors que son père cuve le chagrin de sa solitude, Addidas part seule pour travailler, mais va glisser et se perdre dans un monde étrange, en dessous des cheminées, dans lequel elle va découvrir des êtres étranges activant de non moins étranges machines. Découverte, elle s'enfuira avec un de ces êtres rejetté par les siens.

Voilà très rapidement esquissée la trame du tome 1, qui a donc été suivi de deux et bientôt trois autres. Le tome 2, Le grand trou, ancre dans la série deux personnages croisés dans le tome précédent, et suit en parallèle l'histoire d'Addidas et de son père qui sont plus séparés que jamais, car ce dernier a été recruté de force pour le Grand trou après avoir vainement tenté de signaler la disparition de sa fille. Le tome 3, Comme dans les westerns (j'adore ce titre), est quant à lui celui des retrouvailles et de la jonction des histoires parallèles. Bien évidemment, on en apprend progressivement plus sur les mystérieuses machines et leur rôle, et l'univers de Koma se dévoile petit à petit. Je ne vais pas donner plus de détails sur l'histoire, qui est un petit bijou d'originalité dont aucun résumé que je pourrais faire ne saurait illustrer la qualité.

Koma (couv' du tome 4, L'hôtel, pas encore sorti, cadeau), c'est donc une histoire très originale de Wazem, dans un univers pas commun, avec des personnages très fortement attachants (impossible de ne pas fondre devant Addidas), avec des situations alternant entre comique et mélancolie toujours très bien écrites. La scène chez le médecin, ou celles dans le commissariat sont de très bons exemples de la qualité de l'écriture, toujours dans le bon ton, qui sait faire vibrer les bonnes cordes. Le tout est admirablement mis en images par Peeters (qu'on retrouve dans Lupus et Pilules bleues entre autres, à lire aussi), dont le dessin rond contribue énormément à l'attachement qui se crée avec les personnages. Ses planches sont simples, sans artifices, mais sont de vraies réussites. Et sa maîtrise des expressions faciales lui permet de déployer une très grande palette de sentiments et de nuances, pour toujours coller au mieux aux différentes situations.

Bref, Koma est un petit bijou ciselé de mains de maîtres par Wazem et Peeters, qui mériterait un bien plus grand succès, surtout comparé à des Blondes ou autres machins prémachés. Franchement, la prochaine fois que Tu vois une librairie spécialisée, ou même une Fnac ou un Virgin, direction rayon BD et demandes la série, au moins son tome 1. Tu ne le regretteras pas.
Publicité

Publié dans Lectures

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
T
On peut même rentrer dans une librairie généraliste... Il n'y a pas des BD que dans les librairies spécialisées ou les grandes surfaces culturelles... ;)
Répondre
F
Certes, mais trouver Koma dans une librairie généraliste va être bien plus dur qu'en grande surface culturelle, quand même.