Jour J-17
A 17 jours du 1er tour, les candidats commencent à s'inquiéter. Forcément, ils jouent tous gros : certains politiquement, d'autres financièrement. Chacun réagit à sa manière, calcule plus ou moins bien la stratégie à adopter pour faire face. La véritable campagne officielle commence bientôt, on aura prochainement la tête de chaque candidat dans le poste sous la forme de courts spots. L'occasion de voir à quoi ressemble Schivardi,
de vérifier que José a bien taillé sa moustache, que Besancenot a bien graissé son cuir ou que Nihous a bien pensé à enlever ses bottes de chasseur.
L'inquiétude des candidats, au PS et à l'UMP, elle est palpable : malgré les promesses de campagne digne, les amabilités pleuvent. "Ignoble", "menteur", "complaisance avec les voyous", etc... En gros Sarkozy accuse presque le PS de soutenir les délinquants (dans une semaine, ce sera le soutien aux groupes terroristes ?), et le PS accuse Sarkozy d'être un menteur aux idées puantes (nazi dans une semaine ?). Bon, personnellement ma sympathie est à gauche, mais ça me désole de voir le niveau que ça atteint. Parce que les "moi je suis au dessus de ça mais quand même Machin il pue du bec", ça fait pitié. Bayrou, lui aussi, il balise. Il a peur de perdre son électorat par nature volatile, et sait que si il ne passe pas le 1er tour il sera politiquement très très mal barré. Donc lui c'est plutôt méthode Coué et distanciation d'avec les deux autres, du genre "je les regarde s'invectiver et je me désole pour la France". C'est plus finement joué que Sarko et Ségo, ça lui confère une dimension que les autres sont en train de perdre. Et il répète inlassablement qu'il sera au 2nd tour, pour se convaincre et convaincre les autres, parce que de toute façon il n'a pas le choix. L'ennemi de Bayrou c'est le "vote utile", celui qui ne peut se faire que dans le traditionnel clivage, et l'ombre de 2002 lui fait peur. Bayrou sait que les gens ont été déçus des 12 ans de chiraquisme bien qu'ils ne soient pas emballés par la gauche, mais que le spectre du brogne au 2nd tour va peser lourd et pourrait lui coûter cher. Une autre comme ça, c'est Voynet, qui se débat pour exister mais qui n'y arrive pas. La pauvre Dominique, on peut pas lui reprocher de ne pas se démener mais son entreprise est vouée à l'échec, reste juste à connaître l'étendue du désastre.
De chaque côté principal, on commence aussi à arrondir les angles. On sait que les gens ont la mémoire courte, l'échec de Jospin l'a largement prouvé. Les élections américaines ont aussi prouvé que les phrases choc courtes et simples marchent mieux que les longues diatribes. Mentir ou pas ça compte pas, il suffit de bien savoir emballer ce qu'on raconte et le dire avec conviction. On revient sur ce qu'on a dit, on promet plus, de toute façon une fois élu on fera ce qu'on voudra, Chirac en a fait une ligne de conduite. Sarkozy revient donc sur sa volonté de toucher à la loi de 1905, modère sa volonté de baisser les impôts (il ne peut pas, trop cher), etc... Ségo peine à montrer une ligne claire, le message du PS reste flou. Elle rebondit sur le moindre début de polémique pour le reprendre à son compte, donnant une désagréable impression d'opportunisme bricolé à la va-vite (par exemple récemment sur l'insatisfaction des français concernant leur banque). Bayrou, lui sait qu'il ne peut que rester droit dans ses bottes sous peine de détruire tout le travail réalisé. Les autres, on ne les entend de toute façon pas (je précise que je ne regarde pas les infos, je les lis), parce que la démocratie c'est bien mais au delà de deux candidats c'est visiblement trop compliqué. Bref, le cirque continue. Mr Loyal est parti depuis longtemps, les clowns s'agitent et observent les réactions du public pour savoir ce qui marche ou pas et où en remettre une couche. Bientôt, on fera entrer les lions et chacun mettra sa tête dans la gueule du fauve avec moults roulements de tambour, et à 20 heures on connaîtra les meilleurs dresseurs...