Mercredi 18 juin 2008
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Se fondre dans un bâtiment était une expérience étonnante, dont elle pensait ne jamais pouvoir se lasser. La première fois l'avait déroutée, ni réellement déçue ni
complètement emballée. Il y a longtemps, avant d'avoir essayé, elle et ses amies gloussaient en imaginant celle qu'elles appelaient leur première fois avec un immeuble et il s'était avéré que si un
amas de pierres et un être humain n'avaient pas grand chose à voir, l'analogie n'était pas si idiote. La résonance avec un bâtiment impliquait un aspect charnel très fort qu'elle n'avait pas
réellement réalisé, malgré l'évidence. Avoir le corps entièrement mélé à de la matière minérale était assez pertubant : on ressentait d'abord un froid intense, une perte d'identité mélangée à la
douleur du poids des ans que la pierre avait traversé. Puis au fur et à mesure, on en sentait aussi l'histoire, l'identité propre, la richesse passée et présente. Elle avait ainsi appris à résonner
de plus en plus profondément avec la ville et pouvait maintenant ressentir les particularités de chaque maison, chaque immeuble qu'elle traversait ainsi, et en retirer quelque chose à chaque fois.
Si elle ne dialoguait pas avec eux, elle savait assurément les écouter, et certains étaient des sources presque intarissables sur la ville et son histoire. Ils étaient les dépositaires de la vie de
leurs habitants, de leurs moindres secrets, et en eux étaient éparpillée une grande partie de l'âme de la ville.
L'immeuble dont elle s'extirpait à présent, arrivée au niveau du sol, avait quelques dizaines d'années et était trop récent pour qu'elle en retire quoique ce soit de marquant, mais les fondations
étaient solides et la pierre était de qualité. Comme la vigne, certaines construction avaient besoin de temps pour révéler leur potentiel, et elle se promit d'y revenir dans quelques décennies.
Comme elle aimait ce quartier, elle décida de le traverser à pied, tranquillement, pour profiter de son atmosphère. Elle n'était pas pressée, elle savait que celui qu'elle allait retrouver
resterait là où il était toute la nuit et elle pouvait tout aussi bien attendre une heure ou deux pour lui parler. Elle savait où aller, et elle allait improviser au fur et à mesure le chemin pour
s'y rendre, au gré de son humeur.
Elle traversa la cour de l'immeuble, sentant le bourdonnement de la rue grandir dans ses oreilles, et en franchit la porte. Un sourire aux lèvres, calmement, elle se mêla à la foule et commença à
remonter la rue avant de prendre à gauche sur un coup de tête, attirée par les couleurs des enseignes lumineuses.
To be continued (?)
Par Fei
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Mardi 10 juin 2008
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23:44
La ville.
Quelque chose dans la ville changeait. D'abord une sensation, légère, latente. Puis c'était devenu comme un acouphène, un bruit diffus, mais qui bourdonnait dans son esprit depuis maintenant
plusieurs jours et commençait à la préoccuper. Et maintenant cette impression était devenu un mal, une fièvre. Sa capacité à ressentir la ville était limitée, trop superficielle pour qu'elle sache
précisément ce que c'était. Mais elle savait que c'était réel.
Elle n'était pas capable d'agir comme un médecin urbain et de poser un diagnostic. Elle n'avait pas assez d'expérience pour ça. Elle ne pouvait même pas écouter la patiente pour l'entendre lui
expliquer ses symptômes. Mais observer lui avait permis de sentir que quelque chose se passait. On lui avait dit que l'intuition devait être sa première qualité. Observer. Ecouter. Ressentir.
Certains savaient presque lire une ville, ils en connaisaient non seulement tout, des boulevards aux impasses, mais ils en comprenaient aussi profondément l'histoire et l'identité. Elle connaissait
parfaitement l'anatomie de sa ville, mais elle n'avait encore fait qu'effleurer son âme. Maîtriser l'Histoire, les grandes étapes de son dévelopement et de sa croissance, était certes fondamental
pour tenter d'en comprendre l'histoire, mais il fallait tellement plus ! Se laisser imprégner par sa vie, accepter d'être absorbée par elle, de s'y fondre pour en atteindre le coeur, et se lier
avec. Il paraît que l'un d'eux avait atteint une telle résonance avec la ville que son esprit parcourait maintenant librement le sol et les murs de la cité, en osmose avec le bitume, dans les
pierres, sous l'écorce, le long des câbles. C'est vers eux qu'elle devait maintenant se tourner. Pour comprendre ce qu'elle sentait. Comprendre cette fièvre. Ce bruit.
Elle ferma les yeux, plongea en elle-même et s'ouvrit à la ville. Sa respiration se cala sur le pouls urbain. Sa conscience se scindait, filait le long des axes, et à chaque carrefour se divisait à
nouveau. Elle cherchait une autre respiration, une autre conscience ouverte comme la sienne. Elle ne pouvait pas parcourir toute la ville ainsi, d'un seul coup, et devait progresser par quartiers.
Son esprit ne pouvait supporter longtemps un grand degré de dilution, mais ils étaient suffisamment nombreux à arpenter la ville de la sorte pour qu'elle atteigne son objectif. Chacun d'eux avait
sa pulsation propre, sa couleur. Une sorte de signature unique. Une fois, un ancien avait fait résonner leurs deux esprits et le spectacle global de ces fils de conscience, avec leur nuance colorée
unique mélée à une variation infime d'une note, l'avait submergé. Presque engloutie. La conscience diluée de chacun participait à un canevas de sons et de lumière d'une richesse et d'une complexité
sans cesse renouvellées sur toute la ville. Pendant quelques secondes elle avait contemplé cette vision incroyable, sans même pouvoir la regarder ou l'écouter attentivement, mais cela avait suffit
à la marquer à jamais. Un jour elle en contemplerait à nouveau par elle-même tous les détails, pour en approcher au plus
près l'infinie subtilité.
Mais elle en était encore loin, et l'heure n'était pas à la contemplation. Au détour d'une rue, elle reconnut cette couleur familière qu'elle cherchait, ce son feutré caractéristique. Elle ressera
sa concience autour du fil et le remonta jusqu'à sa source. La respiration lui confirma ce qu'elle savait déjà, elle l'avait trouvé. Elle laissa son esprit remonter, puis rouvrit les yeux. Elle
posa une main sur le sol du toit de l'immeuble, se concentra un instant pour en ressentir les battements, et s'aligna dessus pour se fondre en lui.
To be continued (?)
Par Fei
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Jeudi 5 juin 2008
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22:57
Ca y est ! Enfin ! Vous pouvez pas savoir comme je suis heureux, vous n'imaginez pas le soulagement que c'est. Depuis le temps que je stagne comme ça, j'y croyais
plus, ça me fait tout bizarre. Ca fait combien d'années que je suis en retrait ? Même moi j'ai perdu le fil. Tout le monde me connaît, pourtant. J'étais un symbole, l'idôle des jeunes avant
l'heure. Sauf que le pépé peroxydé a mieux vieilli que moi, il a su se placer. Moi j'ai pas su tenir la cadence quand le monde s'est accéléré. Faut dire, on m'en a pas franchement laissé
l'occasion. Quand mon imprésario est mort, lui et son héritier avaient tellement cadenassé la succession que je pouvais rien faire sans leur accord, et la nouvelle direction était pas franchement
téméraire. Ils se sont contentés de gérer mon image, à la papa, mais ils ne m'ont jamais laissé tenter de m'adapter à l'époque. Et moi j'étais coincé, de toute façon. Ce serait long à expliquer,
mais tout seul je ne suis rien, en fait. Du coup, lentement, j'ai été relégué en 2e division. Les gamins savent encore qui je suis, bien sûr, mais ils me voient comme un héritage de la jeunesse de
leurs parents. Un peu comme un chanteur ringard qu'on redécouvre en farfouillant dans leurs vieux vinyls.
Mais là j'ai un gros projet, qui va me ramener aux premières loges, si le résultat est là. Un truc avec des anglophones, pour l'international c'est mieux. Je suis déjà allé en Amérique, y a
longtemps. J'ai bien aimé, même si ça m'avait pas mal dépaysé. Je m'y étais pas fait que des amis -faut dire que les gens sont très différents là-bas- mais j'avais vécu des expériences assez
mémorables. Mais je m'égare. Moi qui ai pas fait de cinéma depuis 40 ans, je suis comblé qu'on me redonne ma chance. Bon, ce sera pas un rôle aux antipodes de ce que j'ai fait avant, mais c'est une
occasion incroyable. Je vais leur prouver, moi, que j'ai encore du punch. Et puis avec un peu de chance, si ça marche, je pourrai peut-être essayer de nouvelles choses. J'ai plusieurs collègues à
qui on a donné une nouvelle chance. Y en a un qui vient même de publier le récit de ses premières années, il paraît que c'est super. Ca lui permet de continuer à trouver du plaisir dans le travail,
de rester au contact du public plutôt que de prendre la poussière. Bon il s'est aussi planté sur d'autres projets, mais au moins il est resté actif, lui. Présent. Actuel.
Oui, cette trilogie c'est ma chance, peut-être la dernière avant longtemps. Après ça, je retrouverai ma place d'antan et on me laissera peut-être raconter d'autres choses plutôt que de me faire
ressasser toujours les mêmes rengaines. Aller sur la Lune c'était incroyable, mais ça fait plus de 50 ans que je le raconte et ça commence à me lasser. En plus, Tryphon a plein de nouvelles idées à
montrer au public, et ça fera pas de mal à Archibald de sortir un peu du château. Vraiment, il faut pas qu'on se loupe.
Par Fei
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Lundi 2 avril 2007
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14:47
Ca faisait déjà quelques mois qu'il était là, comme un coq en pâte. Logé, nourri, chauffé, sans qu'on lui demande quoique ce soit en retour. Par rapport aux premiers jours de son arrivée dans les lieux, il était un peu plus à l'étroit, forcément, mais il s'en accomodait assez bien. Il se cognait de temps en temps, mais globalement il n'avait pas franchement de raisons de se plaindre, vu sa situation.
Il y avait eu un paquet de candidats, mais c'était lui qui avait le plus convaincu, visiblement. Ca avait tout de suite collé avec sa logeuse, il s'était senti comme à la maison dès le premier jour. Une femme dévouée comme ça, c'était une chance. Elle avait beau râler un peu après lui de temps en temps, surtout vers la fin d'ailleurs, le plus clair de son temps elle n'avait que des mots gentils à la bouche. Evidemment, il aurait parfois souhaité un peu plus d'intimité, mais en comparaison de tous les avantages ces quelques inconvénients semblaient bien dérisoires.
En fait, il allait regretter tout ça, une fois parti. On pouvait même considérer que c'était déjà fait, tellement c'était proche. Il le savait dès le début, il n'était là que pour un temps, sa situation était provisoire. Mais tout de même, il serait bien resté un peu plus, pour profiter encore un peu. L'ambiance feutrée, la douce lumière qui éclairait délicatement les lieux, la relative insonorisation qui filtrait le gros du bruit mais laissait quand même passer les sons de la vie au dehors, tout celà lui manquerait.
Mais voilà, il avait déjà un peu joué les prolongations en retardant sa date de sortie, et maintenant le court délai était arrivé à son terme. Avec un dernier pincement au coeur, il quitte les lieux, poings serrés, et passe la tête au dehors. Il est attendu, on lui tape dans le dos et l'air frais envahi ses poumons. Il pleure, et d'autres pleurent autour de lui. Il est triste mais content, même si pour l'instant la seule chose qui l'intéresse c'est de se rendormir pour digérer tout ça. Emmaillotté dans une petite couverture bien chaude qui le serre juste comme il faut, il croit retrouver un petit peu le confort du ventre qu'il vient de quitter, et s'endort paisiblement.
Par Fei
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Jeudi 1 mars 2007
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/Mars
/2007
09:17
Il court.
Ca, il en est sûr. Il court tout le temps.
A force de courir, il commence à perdre de vue pourquoi il court. Après quoi il court. Après qui. Pour rien ? Après personne ? Ou pour trop de choses ?
Il court après sa vie. Pour sa vie.
Après sa femme, qui en a eu assez de le voir courir partout. Il aurait moins courru si elle était moins coureuse. Salope. Pas foutue de comprendre que c'est pour elle qu'il court. Et qu'il n'a jamais couru après une autre.
Sa boîte, ça compte pas. Elle n'a pas le droit de le lui reprocher. Pas une raison pour se taper un autre gars. Encore moins pour se barrer avec. Salope. En plus, un informaticien. C'est peut-être ça le pire. Un informaticien. Le degré le plus bas sur l'échelle professionnelle. Des branleurs. Jamais pressés. Enfoirés.
Pour elle. Tout était pour elle. Et elle lui a renvoyé dans la gueule.
Son job, c'est la course permanente. Perpétuelle. Ce connard de jeune directeur veut sa peau, c'est sûr. Mais il en a vu d'autres passer, et lui est toujours là. Les petits jeunes aux dents longues il a l'habitude de leur raboter les chicots. A force de courir, il a la résistance d'un marathonien. Le marathonien, il est mort à l'arrivée, mais ça ne lui arrivera pas. Courir, c'est sa vie. Ou plutôt, sa vie est une course.
Son médecin le lui reproche, d'ailleurs. Connard de médecin. Confortablement assis sur son caducée. Soigner des vieux qui s'emmerdent ça doit être pépère. Qu'est ce qu'il sait de la vraie vie de travailleur ? Connard. Parler latin pour faire le cultivé, c'est son truc. Infarctus, myocarde, asystole... Du vent tout ça. Son coeur a toujours tenu, il tiendra toujours. C'est de famille.
Son père a fait le taxi pendant 50 ans. 7 jours par semaine. 14h par jour. Une semaine de vacances par décennie. Plus deux jours par an en septembre. Pour l'entretien du tacot. Des centaines de milliers de courses à son compteur. C'est pas ça qui l'a tué. La bouteille, oui.
Lui il picole un peu. C'est son ravitaillement en course à lui. La flotte c'est gentil mais le whisky c'est mieux. Ca remet les idées en place. Ca donne un coup de fouet. Sa femme trouve que ça le rend con. Connasse. Jamais rien foutu de sa vie et elle le juge. Enseignante c'est mignon, mais faut pas mélanger avec ceux qui triment. Sa mère l'avait prévenu. Toujours écouter sa mère. Une sainte.
Neuf gosses en huit ans. Elle chômait pas, elle. Toujours avec trois gamins sous le bras. Question d'organisation. Le taxi du père suffisait pas, elle faisait des ménages. Des trucs du genre. Pour des vieux qui font plus rien. Rien d'utile. Services à la personne, à domicile, comme on dit. Le soir après l'école des gamins. Un système bien rodé. Une repasseuse et une armée de plieurs. Une plongeuse et un régiment d'essuyeurs et de rangeurs. Le mercredi c'était les courses. Efficacité maximale. Chacun son rayon et ses objectifs. Et au pas de charge. Record en 7 minutes. Tout ça sans se plaindre. Une sainte.
Elle avait raison sur sa femme aussi. Sa femme n'avait jamais rien compris à rien. Cet enfoiré de directeur non plus. Encore moins cet abruti de médecin... Qu'ils aillent tous se faire foutre. Ils ne savent rien. N'ont conscience de rien. Pour qui ils se prennent ? Avec leurs conseils... Leurs jugements... A vouloir décider pour lui. A savoir ce qui est bien pour lui. Il ne les écoutait pas beaucoup. Il ne les écoutera plus. Il les laissera derrière. Ils ont tort. Forcément tort.
Courir droit dans le mur ?
Ils ont forcément tort.
Forcément.
Par Fei
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Lundi 19 février 2007
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16:09
Quand elle était rentrée ce jour-là, après une journée harassante de travail qui parachevait en beauté la semaine la plus pourrie de son existence professionnelle, il était là. Ou plutôt il était toujours là, à la même place, dans le salon. Gras, quasi immobile, l'oeil éteint, il n'était plus que l'ombre de celui qu'il avait été au début. Celui que presque sur un coup de tête elle avait fait venir chez elle. Depuis combien de temps n'avait-il pas quitté sa place ? Sans parvenir à retrouver précisément, elle savait que ça faisait longtemps. Tellement qu'il lui évoquait maintenant plus un bibelot qu'un être vivant. Elle avait-elle cessé de s'intéresser à lui, mais lui s'était-il jamais intéressé à elle ? De l'indifférence, c'était sans doute tout ce qu'elle avait jamais obtenu de lui. Les illusions des premiers jours passées, le constat était amer : il ne serait jamais capable de lui donner ce qu'elle espérait. Pourtant, elle s'était accrochée. Elle achetait ce qu'il y avait de mieux pour lui faire plaisir, s'occupait de toutes les tâches ménagères pour son confort. Les repas étaient bien les seuls moments où il daignait se remuer un peu et remarquer sa présence. Depuis des mois la situation ne bougeait plus, lui figé dans son autisme et elle qui s'éloignait peu à peu de lui. Aujourd'hui, le point de non-retour était franchi. Leur absence de dialogue avait atteint son point Godwin, au delà duquel plus rien qu'on puisse dire ne peut rattraper quoique ce soit.
Dehors, des pigeons se battaient bruyamment pour quelques misérables miettes. Dieu qu'elle haïssait ces bêtes, créations sataniques dont le seul but dans l'existence était de pourrir la vie du reste du monde. Mais qui pouvait haïr assez le genre humain pour donne volontairement à manger à ces infects tas de plumes ? A part être moches, porter de maladies, picorer n'importe quoi, repeindre sa voiture à grandes giclées de déjections corrosives, produire un son ridicule mais crispant et réveiller les honnêtes gens à 13h du matin le samedi, à quoi servaient ces volatiles ? Elle avait pour eux autant de sympathie qu'un agent des RG pour un militant socialiste, et pourtant en cet instant précis elle aurait presque préféré les avoir dans son salon plutôt que lui. Avec eux il y aurait eu des échanges, des engueulades, des luttes, mais au moins il se serait passé quelque chose. Elle se serait sentie plus vivante qu'avec lui. Cette indifférence, ce mépris, cette négation de son existence, elle ne les tolérait plus. D'ailleurs, il commençait à déteindre sur elle et si elle ne faisait rien elle se retrouverait bientôt dans le même état de décrépitude que lui. Son quotidien était assez dur pour qu'elle n'aie pas à s'encombrer de ce genre de soucis une fois revenue chez elle. Elle demandait peu, mais c'était visiblement déjà trop. Son égoïsme la rendait furieuse. En fait, elle commençait même à le haïr. Il devenait une gêne... Non, il était déjà une gêne. Il devenait une nuisance, un ennemi.
Il allait dégager, un point c'est tout. Avec tout ce qu'elle avait à offrir, elle refusait de tolérer ça plus longtemps. Elle aurait du s'y résoudre bien avant. Après tout, il y en avait plein d'autres comme lui, elle n'aurait aucun mal à le remplacer. Elle n'avait qu'à sortir pour ça, et elle en ramènerait un autre dès le lendemain ! Si il croyait qu'elle ne se résoudrait jamais à se séparer de lui, il allait tomber de haut. Il n'y avait plus aucune raison qu'elle le garde dans sa vie, son comportement lui avait donné suffisament de résolution pour qu'elle franchisse sans peine ses dernières réserves. Bientôt, sa place serait occupée par un autre, plus dynamique, plus beau, plus brillant. D'ailleurs, pourquoi attendre plus longtemps ? Il allait partir tout de suite, c'était en fait aussi simple que tirer la chasse d'eau. Résolue, elle saisit la petite épuisette, l'attrappa sans peine et se dirigea vers la salle de bains d'où elle l'envoya directement dans les égoûts au simple son d'un sec "et bonne route Bubulle..." soutenu par le gargouillis de l'eau.
Par Fei
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