Ghosts in the shells

Publié le par Fei

Après une petite thématique comics, avec 3 séries hautement recommandables et fortement recommandées, changement de medium : encore du dessin, certes, mais animé cette fois. Aujourd'hui, je te propose de te pencher un peu sur deux films d'animation japonais, du brillant réalisateur Mamoru Oshii, Ghost in the shell (abrégé en GITS) et Ghost in the shell : Innocence. Mais avant tout, pour rendre à César ce qui lui revient de droit, précisons que GITS est à la base un manga de Masamune Shirow, qu'Oshii s'est réapproprié et a pas mal retravaillé.

GITS c'est de la SF tendance cyberpunk : dans un futur pas très éloigné et très technologique, les implants cybernétiques sont devenus monnaie courante, l'électronique est partout et le réseau sous-tend tous les aspects de la vie quotidienne. Avec cette hyper-technicité et l'omni-présence de l'informatique s'est fortement développée une nouvelle cyber-criminalité, et en parallèle une cyber-police. Cyber a bien des égards puisque certains de ses éléments sont des cyborgs, dont le corps est de moins en moins humain. Alors que les humains tendent à vivre dans des corps de plus en plus cybernétiques, une nouvelle conception est apparue, celle de "Ghost", sorte d'âme informatique, potentiellement piratable et reprogrammable. Motoko Kusanagi est un de ces cyborgs, major dans la section 9, spécialisée dans la lutte anti cyber-terrorisme. Alors qu'ils enquêtent sur le piratage du cerveau d'une interprète et le vol d'un cyborg dans une usine classée défense, ils vont se retrouver face à une mystérieuse entité répondant au nom de code Projet 2501...

GITS : Innocence se déroule quelques années après, et a pour personnage principal Bateau, l'équipier de Kusanagi. Bateau enquête sur un prototype de poupées cybernétiques ayant dévié de leur programmation originale et tué leurs propriétaires avant de s'auto-détruire. Alors qu'il fait face à l'une d'elles, il est troublé par d'étranges paroles prononcées par la poupée avant sa destruction : "Sauvez moi, sauvez moi...".

Ghost in the shell est une oeuvre un peu difficile d'accès dans ses thêmes profonds. Très japonais dans son traitement, Oshii s
oulève beaucoup de questions et amène beaucoup d'éléments sans donner de réponse, préférant laisser le spectateur à sa propre réflexion. Il s'interroge, comme beaucoup de ses confrères, sur le concept d'humanité, les implications de la convergence homme/machine, la perception de soi, la volonté de contrôle de sa destinée, etc... Des thêmes classiques et récurrents dans l'animation japonaise et en particulier chez lui. Oshii s'interroge sur le concept d'humanité, sur ce qui le caractérise, et ce qui distingue un homme cybernétique d'une machine programmée pour imiter un humain. Car la notion de ghost, âme informatique, brouille considérablement la frontière qui existait précédemment entre l'animé et l'inanimé. Une machine avec un ghost peut-elle devenir humaine, puisque certains humains ont un corps presque entièrement artificiel eux aussi ? Quelle image peut-on avoir de soi-même, de sa propre humanité, quand l'image que le miroir nous renvoie est celle d'un hybride biomécanique ? La conscience peut-elle exister en dehors du corps humain, sans support biologique ? L'hyper mécanisation nous fait-elle perdre notre humanité ou celle-ci peut-elle survivre à la fin du support organique ? L'âme, cybernétique ou non, est-elle liée au corps ou est-elle en réalité un concept transcendant ces conceptions matérielles ? Peut-on réellement distinguer l'homme d'une poupée évoluée ? Les poupées, sous diverses formes, sont au centre des deux oeuvres, et c'est logique puisqu'elles sont des répliques d'humains dans lesquelles le propriétaire insuffle quelque chose d'immatériel proche d'une âme, à la manière d'une petite fille dont la poupée est forcément différente de toutes les autres de la même série de production, simplement parce que c'est la sienne et qu'elle lui prête une sorte d'âme.

Voilà le genre de réflexion qu'Oshii cherche à provoquer chez le spectateur, en y apportant son point de vue et quelques éléments, mais en se gardant bien de formuler une réponse définitive, dans une sagesse toute orientale (à voir aussi, son film live : Avalon). Les japonais s
'inquiétent ou tout du moins s'interrogent depuis longtemps sur le devenir de l'homme dans la technologie, sans doute à cause de l'héritage de la période Meiji qui a vu leur société passer de la féodalité à l'époque moderne en une période de temps très courte, puis à une société à la pointe de la technologie. Les japonais ont l'impression d'avoir en partie perdu leur identité dans cette mutation trop rapide de leur société devenue incroyablement technique et rapide, laissant l'humain de côté alors qu'il était beaucoup plus central précédemment. La frontière et surtout le flou entre réalité et virtualité est aussi une préoccupation de GITS : dans le premier, un homme dont le ghost a été piraté croit dur comme fer qu'il a une femme et une fille, alors que c'est son ghost reprogrammé qui le lui fait croire. Ainsi, sa vie dans le monde réel n'est qu'illusion. Dans GITS : Innocence, Bateau se retrouve sans le savoir pris dans une réalité virtuelle, inconsciemment piégé par une illusion aussi vraie que la réalité. Cette impossibilité à distinguer le vrai du faux amène aussi son lot de questions sur la valeur de la réalité. La quête du bonheur peut-elle passer par l'illusion ? Si le virtuel est plus agréable que le réel, pourquoi le réel aurait-il plus de valeur ?

A côté de leur fort aspect philosophique parfois obscur et difficile à suivre, avec des dialogues parfois surprenants (une caractéristique de l'animation japonaise à tendance philosophique : des dialogues surréalistes), GITS et GITS : Innocence sont des oeuvres techniquement superbes. Animation au top, très bonne réalisation, musique géniale, ambiance incroyable, ces deux films sont des réussites visuelles. Oshii aime la contemplation et pose ici ou là de parfois longues (mais pas longuettes) plages d'inaction soutenues par la musique de Kenji Kawai, permettant au spectateur de digérer son propos. GITS est donc une oeuvre hors-norme, formellement superbe et passionnante pour qui consent à faire un effort pour s'accrocher (plusieurs visionnages sont nécessaires pour bien les digérer). Une oeuvre qui a très fortement inspiré le premier Matrix, bien que les deux diffèrent aussi fortement. En tout cas, Ghost in the shell est un vrai must pour les amateurs de SF et les gens intéressés par la réflexion sur la place de l'homme et son évolution dans une société hyper-technologique.

Publié dans Movies

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O
T5u as bien résumer ce qu'est GITS. un propos parfois très hermétique mais très intéressant pour ceux qui comme moi aime le Cyberpunk.. J'ai revu plusieurs fois le premier alors que j'ai raté le second..Je sais qu'une série a été lancé, l'as tu vu?
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F
Nope, je n'ai pas vu GITS : Stand Alone Complex.