Le fou génial

Publié le par Fei

Ce WE, mes parents ont eu la bonne idée de ne pas être en mesure de se rendre au théâtre et de me refiler leurs places. Philippe Caubère au Rond-Point, je sais pas ce qu'il joue, mais c'est un grand acteur donc ça doit valoir le coup. C'est plutôt un théatreux, mais tu l'as sans doute vu dans la Gloire de mon père et le Château de ma mère, il interprétait le père Pagnol. Et puis je connais mes parents, c'est pas le genre à aller voir des trucs post-modernes pseudo-philisophico métaphysiquo-bidon. Petite mise au point de ma mère : il s'agit du premier spectacle autobiographique dans un cycle de six, que Caubère joue en alternance de septembre à fin décembre. Seul en scène, il raconte sa vie théâtralisée, divisée en 6 pièces qu'il joue dans le désordre. Sacrée performance en soi, déjà. Le cycle se compose de : Claudine ou l'éducation, le théâtre selon Ferdinand, Octobre, Avignon, Ariane, Ferdinand. Moi, c'est le premier que j'ai vu. Caubère a commencé la création de cette oeuvre il y a plus de 25 ans, elle a évolué avec lui avec le temps et ses expériences, c'est réellement l'oeuvre d'une vie.

Ca commençait à 20h, je comptais donc sortir vers 22h et retrouver des potes après. La pièce commence avec un peu de retard le temps que tout le monde entre dans la salle (c'était blindé). Sur scène : des tapis, et c'est tout. Pas de décors, le minimalisme est de rigueur. La salle est plongée dans le noir, puis quelques secondes après la lumière revient et Caubère est là, assis au milieu de la scène, pieds nus sur ses tapis. L'autobiographie remonte loin, puisqu'on commence avec la première consultation de la future mère, puis la grossesse qui s'enchaîne avec l'accouchement. Ah oui, la Claudine du titre c'est la figure maternelle, personnage quasi-unique de la pièce et central dans l'oeuvre entière. Caubère campe une femme qui n'a pas spécialement désiré ses enfants, une femme excessive, débordante et débordée, béate d'admiration devant son mari, parfois très vulgaire, d'une maladresse confondante, attachante mais usante. Le récit de l'accouchement est un morceau de bravoure, très drôle, performance physique et d'interprétation, Caubère étant tour à tour sa mère, le docteur et lui-même, bébé pas pressé de sortir.

Suit une ellipse de quelques années et on retrouve le jeune Ferdinand (le jeune Caubère, donc) en plein apprentissage avec sa mère, désespérée qu'à 5 ans il ne maîtrise toujours pas ses tables de multiplication ou ses déclinaisons latines. La pièce doit compter 6 ou 7 tableaux, je ne vais pas tous te les faire par le menu, ce spectacle couvrant son enfance et sa puberté (la découverte horrifiée par la mère des premières expériences sexuelles solitaires de son fils est un des clous de la pièce). De toute façon c'est totalement irracontable,  c'est du théâtre qu'il faut voir. Caubère mélange brillament férocité et tendresse, amour et reproches, dans ces tableaux exutoires et excessifs où l'on rit énormément mais derrière lesquels on sent une foule de sentiments complexes et contradictoires. Running gags, imitations, modulations de voix, mimiques, ruptures, jeux de mots, gesticulations, Caubère se donne à fond et ne se ménage pas, plus qu'il ne ménage ses spectateurs. Car la pièce dure 3h30, on en est sortis à minuit. Quand on a vu qu'à 22h15, on sortait pour l'entracte et non la fin de la pièce, on s'est dit qu'on serait probablement un rien à la bourre pour voir les potes après. Mais ce spectacle n'est à ma connaissance pareil à aucun autre, narcissique et cathartique, excessif et jouissif (les imitations de de Gaulle, le récit du concert de Johnny par un fan un peu au ras des pâquerettes, sa mère et sa robe Egon Schiele...), performance incroyable d'un acteur seul sur scène qui alterne des monologues complexes. D'ailleurs il s'égare parfois un peu ou s'emmêle les pinceaux, mais une souffleuse est là pour le recadrer. Enfin, souffleuse... Elle est au premier rang et braille ses indications, Caubère assumant ses plantages et jouant même avec.
J'irai peut-être voir d'autres pièces du cycle, parce que c'était vraiment très très bon, et que je ne suis pas certain que ça se rejouera un jour, en tout cas pas dans ces conditions.

PS rien à voir : nouveau lien : Trentenaire, marié, deux enfants. Blog dessiné très sympa, à découvrir.

Publié dans Rien à bloger

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C
Un des avantages, d'être Parisien, c'est d'avoir tous ces artistes sous la main.Même si ce n'est pas sûr que je ferai la démarche spontanée pour aller voir une pièce de ce genre, il y a pleins de comiques que j'aimerai voir sur scène. Et en province, c'est pas évident même si ils font des tournées.
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F
C'est sûr que d'être en région parisienne est un avantage certain pour tout ce qui est culturel...