Wrath of the naked babes

Publié le par Fei

Aujourd'hui je vais te parler d'un excellent comics, Girls, des frères Luna (2 tomes parus sur 4, Delcourt). Tu devrais comprendre le titre de l'article en lisant le texte, pour peu que tu aies quelques notions de la langue d'Alan Moore (ouais, pourquoi toujours la langue de Shakespeare ?). Cette note a été en très large partie reprise de mon avis sur cette série posté sur le forum et le blog AGDB (cf Liens), mais j'ai envie de faire découvrir la série à un maximum de gens. Je ferai peut-être une autre note aujourd'hui, vu que celle-là m'aura pris 30 bonnes secondes... ^^

Résumé

Pennystown, petite bourgade tranquille et isolée, notre époque. Ses quelques habitants y vivent dans le calme et la sérénité, ce qui les avait motivé à quitter les grandes villes, et qui leur permet de réellement connaître leurs voisins et de vivre tranquillement en communauté. Jusqu'au jour où, alors qu'un petit échauffement s'est produit au bar, apparaît une jeune fille nue, ne parlant pas, mais semblant peu farouche. Commence alors un cauchemar qui va voir la jolie petite communauté se fissurer à grande vitesse, car la nouvelle arrivante n'est pas vraiment comme les autres, et semble en vouloir à toute une frange de la population. Et ce n'est qu'un début, car les choses vont très vite empirer. Et puis il y a le mur, et le monstre dans le champ...

Critique


Après l'excellent Ultra, les Luna reviennent en France avec une série teintée d'horreur et de violence. On peut dire que Girls est une collaboration étroite entre frères : les deux ont créé le concept, l'un écrit et fait le story-board puis l'autre dessine et mets en couleurs.

Le ton est toutefois fort différent de leur mini précédente. Pas de super-héroïnes dans Girls, mais une communauté de gens se retrouvant face à l'horreur provoquée par les filles évoquées dans le titre. Girls est donc une série de fantastique un peu horrifique, un peu gore, relativement violente. Les Luna prennent visiblement un grand plaisir à mettre en scène des situations mi-ridicules mi-terribles, et à mettre à mal leurs personnages, en les plaçant dans des situations extrêmes mais qui gardent toujours un côté série Z. On sent comme une sorte d'hommage à tout un genre de films fauchés, qui reposaient sur des effets un peu cheap, de la violence et des filles à poil dans un scénario sous stupéfiants.

Sauf que les Luna, eux, n'oublient pas le scénar. Si au premier abord Girls semble donc se limiter à une histoire d'épouvante à forte tendance pastiche, la série propose beaucoup plus que ça. Car si l'arrivée des poulettes à poil et toutes les circonstances qui entourent cette arrivée suscitent la curiosité, le vrai intérêt de la série réside dans la façon dont les habitants font face à la crise. Les Luna ont créé un certain nombre d'habitants ayant chacun leur caractère, réagissant différemment face à la menace, gérant plus ou moins bien la crise. Les Luna s'intéressent aux fêlures qui se créent dans cette communauté qui se voulait bien cimentée, et s'amusent à mettre en scène l'hypocrisie quotidienne, les faiblesses et les bassesses de chacun. Sorte de huis-clos rural, Girls reprend un peu la phrase de Sartre (dans Huis-clos, justement) qui disait que "l'enfer, c'est les autres".

Ainsi, certains sont de grands lâches alors que certaines ont des caractères bien trempés et n'hésitent pas à cogner. Les Luna ne donnent pas dans le stéréotype et proposent une grande diversité de personnalités, qu'ils étudient en situation de stress. Mais Girls c'est aussi, outre les rapports communautaires, une mise en scène des rapports entre hommes et femmes, leur complexité et leurs effets. Là encore chacun en prend pour son grade et les Luna ne prennent pas parti pour les unes plus que pour les autres, même si du fait que la perturbation prend la forme de filles à poil ce sont les hommes qui sont plutôt mis en mauvaise posture (note le -subtil- jeu de mots sur le nom de la ville).

Il y a donc de longues plages de dialogues, coupées par les scènes d'action, qui permettent aux Luna de développer leurs personnages, leurs contradictions, et leurs difficultés à communiquer et à se comprendre. L'écriture est assez fine et réaliste, et le mélange fantastico-horrifique et étude de moeurs, pourtant pas évident a priori, fonctionne très bien. Girls est donc une série fort originale, avec un ton et une saveur bien particuliers et fort agréables, une dimension tragico-comique jouissive qui procure un grand plaisir de lecture. Certains n'aimeront pas le dessin, mais celui-ci est assez fin et les expressions des visages sont très travaillées et reflètent la moindre évolution d'humeur des persos. Bref, une excellente série à ne pas rater.

Publié dans Lectures

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