De l'autre côté des Alpes

Publié le par Fei

Cette semaine, j'ai enfilé ma tenue de conseiller en achats. Après avoir acheté mon nouveau vélo lundi, j'ai fait acheter le sien à une amie hier, et aujourd'hui j'ai fait acheter son PC portable à ma tante. J'aurai du demander un pourcentage sur chaque transaction, tiens, y a pas de petits profits. Entre deux achats, je suis allé voir un film italien, Romanzo Criminale, et je me suis dit que j'allais T'en parler ainsi que d'un ou deux autres films italiens aussi, puisque  le cinéma transalpin semble se réveiller ces dernières années.


Romanzo Criminale, de Michele Placido, tout d'abord, car le plus récent. L'action se passe dans l'Italie des années de plomb, environ entre 1975 et 1990, emplies de violence entre le terrorisme (fasciste ou gauchiste), les bandes criminelles, les assassinats et le rôle trouble des services secrets. Le film s'inspire de l'histoire d'une bande qui a voulu prendre le contrôle de Rome pendant cette période. Film polymorphe, à la fois film politique, polar, ancré dans l'Histoire, Romanzo Criminale est une plongée dans l'univers violent des pires années de l'Italie. Les personnages principaux sont tous des truands, tuant plus ou moins aveuglément, et surtout sans vraie motivation profonde. Autour de Freddo, du Libanais et du Dandy gravitent un commissaire tenace, une pute oscillant entre les deux côtés de la balance, et d'autres gangsters. Le film suggère bien la psychologie des personnages sans avoir besoin de recourir à des grandes tirades, on devine le vide derrière les actes de Freddo, le besoin de revanche sur la vie derrière ceux du Libanais, etc... Au début, le film m'a paru un peu vain, car je m'attendais pas à ce qu'il soit aussi long et je ne voyais pas bien le sens que tout cela pouvait avoir vu le temps que je supposais restant. Mais au bout des 2h30 que durent le film, on obtient quelque chose de bien mené, construit et équilibré. Le film est articulé en trois périodes, qui correspondent aux moments où les trois personnages principaux se retrouvent à la tête du gang. Les grands débuts et la récupération partielle par les services secrets, les premières tensions et dissenssions, puis le déclin et le règlement des comptes. Le rôle des services secrets, comme de bien entendu pour une officine de ce genre, ne passe pas au premier plan, mais est pourtant central pour l'évolution du gang et des relations entre les personnages, et permet d'ancrer la fiction à la réalité (l'attentat de la gare de Bologne ou l'assassinat d'Aldo Moro par les Brigades rouges). A ce niveau, le film est moins accessible pour nous que pour un italien, bien plus au fait de la situation des années de plomb que le français moyen. Mais le film réussit assez habilement son mélange des genres, est assez violent sans l'être trop (pas de bains de sang à la Scorsese), et est soutenu par un casting tout à fait au niveau (Kim Rossi Stuart, l'interprète de Freddo, est impressionnant).


Avant d'en venir aux films suivants, évoquons rapidement Nanni Moretti dont le film Le caïman, qui tape sur l'autre empaffé de Berlusconi, va bientôt franchir les Alpes. Je ne l'ai pas vu, donc je n'en parle pas plus. Par contre, j'attire Ton attention sur le réalisateur Marco Tullio Giordana, à l'origine du fort réussi Les Cents pas, et du brillant Nos meilleures années (avec les mêmes scénaristes que Romanzo Criminale).

Les cents pas raconte l'histoire vraie de Pepino Impastato, fils d'une famille de maffieux, qui rejetta violemment cet héritage et s'opposa fermement au parrain local, Tano Badalamenti, à travers une radio et des écrits dénonçant ouvertement la corruption, l'omerta et les pratiques de la mafia. Le film est un appel à la mémoire lancé à l'Italie, pour ne pas oublier Peppino et son combat, pour rejetter le crime organisé. Bien mené, superbement interprété, le film montre par l'exemple à quel point la mafia est présente partout, à quel point elle avait tout gangrené. Giordana montre le fonctionnement d'une "famille", avec sa hiérarchie, ses cousins américains de la cosa nostra, etc... Un film intéressant, émouvant et fort, du cinéma politique comme il n'en existe pas chez nous, et c'est fort dommage.

Mais le vrai chef d'oeuvre de Gioradana est Nos meilleures années, film fleuve de deux fois trois heures, qui mêle la petite histoire à la grande en suivant la vie d'une famille (et surtout deux frêres) pendant une quarantaine d'années. Passionnant, riche, foisonnant, instructif, génialement interprété, magnifiquement construit et scénarisé, je pourrais Te placer un catalogue de superlatifs pour Te pousser à voir ce film. Tu T'en doutes, un film de six heures qui couvre quarante ans ne peut pas vraiment se résumer, il est donc difficile de Te donner des éléments précis pour Te convaincre. Sache qu'une des toutes dernières scènes du film est tout simpement inoubliable, extraordinaire de simplicité de mise en scène et d'émotion. Une des plus belles scènes que j'ai jamais vu dans un film, et je commence à en avoir vu un bon paquet. Le film Te propose une sorte de cours d'Hisoire italienne accéléré, mêlé à l'histoire d'une famille, le tout enrobé dans une mise en scène sans failles, avec une interpétation parfaite, je ne vois pas ce qu'on peut attendre de plus.


Comme Tu le vois, le cinéma italien de ces dernières années propose des choses fort intéressantes, après un long passage asez calme (citons aussi Benigni pour le principe), et Tu aurais tort de passer à côté. Evidemment, tout ça est à voir en VO, parce que l'italien est un vrai bonheur à entendre même quand on y connaît rien, et que les italiens jouent beaucoup sur la vitesse de la parole et les intonations. J'ai vu Romanzo Criminale en VF parce que je n'y ai pas fait attention, et je l'ai regretté...

Publié dans Movies

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